Après la pluie, le bonheur (43ème partie) | actu-algerie.com: Information et Actualité





Après la pluie, le bonheur (43ème partie)

Littérature - Livre de Poche

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RAME.
Chère, chère, jolie Maîtresse ! Vous toujours rire ; moi apporter bouillon et poulet. » Mlle Primerose se pâmait. Rame sortit en courant et ne tarda pas à revenir accompagné de Pélagie qui venait dire bonjour à Jacques ; elle lui demanda la permission de lui serrer la main à quoi Jacques consentit avec son amabilité accoutumée.
Le déjeuner s’était annoncé triste d’abord ; il fut gai et agréable à tous. Rame ne quittait pas des yeux sa maîtresse, qui mangeait de bon appétit, qui causait et qui souriait souvent. De temps en temps Rame se frottait les mains, riait tout bas et marmottait: « Petite Maîtresse manger bien ; – petite Maîtresse content. – Petite Maîtresse rire. – Bon Moussu Jacques ! Rame heureux. »
Quand le déjeuner fut terminé, Mlle Primerose  arrangea Geneviève sur un canapé, lui dit de se reposer et emmena Jacques ; avant qu’il partît, Geneviève l’appela.
« Jacques, lui dit-elle affectueusement, tu reviendras me voir avant de t’en aller ?
JACQUES.
Certainement, ma bonne chère Geneviève, je ne partirai pas sans t’avoir revue. » Et il sortit pour aller rejoindre Mlle Primerose, qui attendait le moment de lui parler avec autant d’impatience que Jacques en éprouvait de l’entendre parler.
La conversation dura plus d’une heure ; Jacques, très ému, ne se lassait pas d’écouter et  d’interroger. Quand elle fut arrivée au jour qui précéda leur départ de Plaisance, elle se leva, ouvrit une cassette dont elle portait toujours la clef sur elle, en tira une lettre et dit: « Lis maintenant cette lettre ; elle achèvera de te faire connaître la scélératesse de ce monstre.  Geneviève ne sait pas que je l’ai lue, que je l’ai gardée ; ne lui en parle pas. »
Jacques, déjà bouleversé du récit que lui avait fait Mlle Primerose, lut cette lettre de Georges avec une indignation, une colère qu’il eut peine à  maîtriser. Quand il l’eut finie, il la jeta par terre, la repoussa du pied et, se jetant dans un fauteuil, la tête pressée dans ses deux mains comme s’il eût craint qu’elle n’éclatât, il dit d’une voix étouffée: « Monstre ! odieux scélérat ! Ah ! je n’ai pas de mots pour exprimer mon indignation, mon horreur ! »
Il resta longtemps immobile, étouffant sous le poids de son émotion.« Et cette admirable, héroïque Geneviève, résistant aux instances de ce misérable que je n’ai plus le courage d’appeler mon oncle ! Et elle a la force de se taire devant le silence ignominieux de cet être à coeur de tigre ! Et cette lettre insultante, odieuse, elle la cache, elle la dissimule ! Mon Dieu mon Dieu, donnez-moi la force de vaincre la violence de mes sentiments ! Que je n’oublie jamais cette parole du Seigneur sur la croix: « Mon père, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »
« Oh ! mes chers et saints Pères ! soyez bénis,  vous qui avez fait de moi un chrétien ; un chrétien qui pardonne et qui prie. » Il cacha sa figure dans ses mains ; Mlle Primerose vit quelques larmes couler à travers ses doigts ; puis il se calma, essuya ses yeux et se leva.
« Jamais, dit-il à Mlle Primerose, je ne saurai.  assez vous exprimer ma reconnaissance de tout ce que vous avez fait pour elle. Vous avez été, depuis dix ans, sa protectrice, sa mère. Que serait-elle devenue sans vous ? Mon respect, ma reconnaissance, ma vive affection vous sont
acquis tant que Dieu me laissera un souffle de vie. »
Mlle Primerose, touchée des sentiments que     lui manifestait Jacques, y répondit très amicalement. Elle avait ramassé la lettre foulée aux pieds de Jacques et la remit soigneusement dans sa cachette.
JACQUES.
Comment gardez-vous une pareille monstruosité, chère mademoiselle ?
MADEMOISELLE PRIMEROSE.
Mon ami, c’est une pièce très importante à  conserver. Geneviève est encore sous la coupe du père jusqu’à vingt et un ans. On ne sait pas ce que peuvent inventer des êtres pareils ; c’est la seule arme que nous ayons. Il faut la garder, le bon Dieu l’a fait tomber dans mes mains. Geneviève ne s’en doute pas, heureusement. »
Jacques lui baisa la main et sortit. Il entra dans le salon ; il vit Geneviève endormie sur le canapé. Il s’avança doucement près d’elle, longtemps il la regarda avec respect et admiration ; puis il s’approcha, prit une des mains restée étendue et la baisa tendrement.
« Généreuse, admirable et bien chère amie, dit-il à voix basse, je t’ai toujours aimée et je t’aimerai toujours. Tu trouveras en moi, jusqu’au dernier jour de ma vie, un ami fidèle et dévoué. » Il replaça doucement la main de Geneviève sur le canapé et voulut sortir ; Geneviève s’éveilla.
GENEVIÈVE.
C’est toi, Jacques ? comme tu es pâle ! C’est ma cousine, n’est-ce pas, qui t’a ainsi troublé ? Pauvre Jacques ! C’est terrible, n’est-ce pas ? Assieds-toi près de moi et causons.
JACQUES.
Ô Geneviève ! ma Geneviève chérie ! Comme tu as souffert ! Et quelle héroïque, admirable générosité tu as montrée ! – Quel courage ! – Et ce scélérat, ce monstre qui se tait, qui entend son père te torturer par ses questions, osant accuser ton ami, ton plus dévoué serviteur, et il ne dit rien. Il vole, et il te laisse la lourde charge de le défendre par ton généreux silence !
– Jacques, Jacques ! s’écria Geneviève effrayée, pourquoi penses-tu que ce soit lui ? Qui te l’a dit ?
JACQUES.
Mais, mon amie, tout le monde l’aurait deviné ; il faut être absurdement et sottement aveugle comme son père pour ne pas deviner que c’était lui.
GENEVIÈVE.
Jacques, ne le dis pas à mon oncle, promets le moi.
JACQUES.
Il suffit que tu le désires, ma Geneviève, pour que j’aie la bouche close là-dessus. Mais c’est cruel : cruel pour toi, cruel pour ceux qui t’aiment. »  Jacques se leva.
« Il faut que je m’en aille ; j’ai tant à faire pour moi, pour mon père.
GENEVIÈVE.
Avec qui es-tu ici ? où loges-tu ?
JACQUES.
Je suis seul ; à l’hôtel.
GENEVIÈVE.
Alors viens dîner avec nous.
JACQUES.
Très volontiers, si je ne te fatigue pas.
GENEVIÈVE.
Me fatiguer ! quelle folie ! Au contraire, je me sens si bien quand tu es là ! »  Jacques sourit, lui serra la main et sortit.

XXXI
Bonheur de Geneviève.
Geneviève passa un heureux après-midi ; le retour inattendu de son ami d’enfance, qu’elle ne croyait pas revoir avant l’automne, avait effacé en partie le souvenir de son triste séjour chez son oncle ; une seule inquiétude troublait sa joie : ce voyage de Rome, qu’elle avait désiré et attendu avec impatience, la séparerait encore de Jacques.
« C’est mon seul ami, disait-elle, le seul confident de mes pensées, de mes joies, de mes douleurs. Ma cousine Primerose, malgré sa bonté, son indulgence pour moi, ne m’inspire aucune  confiance sous certains rapports : sans Jacques, je me sens isolée comme si j’étais seule au monde.
Et puis j’ai peur de ce méchant Georges, de mon oncle qui s’est mis dans la tête de faire passer ma fortune à son fils. Je l’ai bien vu, bien compris pendant mon séjour à Plaisance.
« Si Jacques était avec moi, je n’aurais peur de personne ; il me protégerait contre eux et contre tous. »
Ces réflexions l’attristèrent un peu ; elle chercha à se distraire en s’occupant ; elle dessinait bien et faisait très bien des portraits à l’aquarelle. Quand elle eut déballé et arrangé couleurs, pinceaux, papier, palette, etc., elle regarda la pendule ; il était six heures.
« Il ne vient pas : c’est singulier ; il sait que nous dînons à six heures et demie. »
Enfin la porte s’ouvrit et Jacques entra.
GENEVIÈVE.
Te voilà enfin, mon ami ; je t’attends depuis.  longtemps.
JACQUES.
Depuis longtemps ? Il est à peine six heures.

                                       A suivre... 


Auteur

Nordine.B

Propriétaire du site www.actu-algerie.com

12 Dec 2017 à 22:37

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Dans le dossier Livre de Poche
Après la pluie, le beau temps (42ème partie)
« Je n’aime pas cette petite Geneviève, mais je dois convenir que mon père a toujours été très mal pour elle. Dernièrement encore, cette scène était absurde ; il accuse son cher Rame sans savoir pourquoi ; c’était bête, c’était sot. À quoi pouvaient servir au nègre ces dix mille francs ?Et lorsque dans son épouvante pour moi (car c’était pour moi qu’elle résistait) elle a l’imprudence de lui parler de l’honneur de sa maison, il ne devine pas que c’est moi qui suis le premier de sa maison. – Rame eût été plus fin. « Il a tout perdu par cette sotte accusation. Il me fait manquer une fortune superbe... Mais... il me le payera ; je ferai si bien rouler ses écus que je serai vengé de l’éducation absurde qu’il m’a donnée. » Georges continua longtemps encore à former des projets de vengeance contre son père ; et pour commencer, il résolut de s’en aller aussi dès qu’il le pourrait et de courir l’Allemagne.Retour de Jacques.Quelques jours après son retour à Paris, Geneviève se trouva plus calme qu’elle ne l’avait été depuis sa maladie. Un matin, Mlle Primerose entra chez elle de bonne heure ; elle la trouva levée et disposée à reprendre son ancienne habitude d’aller tous les jours à la messe ; mais Mlle Primerose s’y opposa, la trouvant encore trop faible. Geneviève obéit avec sa docilité accoutumée ; elle fit sa toilette et passa au salon.Elle s’était mise à ranger avec sa tante les livres, papiers, musique, tout ce qui était nécessaire pour reprendre leurs occupations accoutumées. Un peu avant le déjeuner, Geneviève était seule ; elle entendit frapper à la porte. « Entrez », dit-elle.La porte s’ouvrit et elle vit entrer un charmant jeune homme avec de jolies moustaches et une barbiche au menton ; elle le reconnut sur-lechamp et s’élança vers lui en criant: « Jacques, Jacques, c’est toi ! »Oubliant dans sa joie son âge et celui de Jacques, elle se jeta à son cou en l’embrassant tendrement.GENEVIÈVE.Jacques, cher Jacques, que je suis heureuse de te revoir !JACQUES.Et moi donc, ma bonne, ma chère Geneviève ! voici près d’un an que je ne t’ai vue. J’ai fait, comme tu sais, un long et intéressant voyage en Orient, et m’en voici revenu depuis deux mois, que j’ai passés chez mes parents à la campagne ; tu étais absente. Mais comme tu es maigre et pâle, ma pauvre Geneviève ; es-tu malade ?GENEVIÈVE.Je l’ai été, Jacques ; j’ai manqué mourir.JACQUES.Mourir ! Oh ! mon Dieu ! et moi qui n’en ai rien su. Que t’est-il donc arrivé ? » Geneviève voulut répondre, mais les larmes lui coupèrent la parole ; elle dit en sanglotant: « J’ai été bien malheureuse, Jacques,... ; si tu savais... »Elle ne put continuer ; les sanglots l’étouffaient. Jacques était désolé et cherchait à la consoler en lui prodiguant les plus affectueux témoignages de son amitié.JACQUES.Ma Geneviève ! mon amie ! si tu savais combien je suis désolé de te voir ainsi ! C’est donc bien affreux, pour que le souvenir seul te mette dans un pareil état ?GENEVIÈVE.Affreux, horrible ; appelle ma cousine Primerose, elle te dira ce que je n’ai pas encore la force de te raconter. » Jacques, très ému du chagrin de Geneviève, courut frapper à la porte de Mlle Primerose, qui répondit : « Entrez » ; et qui, reconnaissant Jacques, se jeta à son cou, comme Geneviève, et l’embrassa à plusieurs reprises. Sans lui donner le temps de parler, Jacques la supplia d’entrer au salon pour calmer Geneviève qui ne cessait de pleurer.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Pauvre petite ! c’est qu’elle est encore bien faible et mal remise de la terrible secousse que lui ont donnée son abominable oncle et ce scélérat de Georges.JACQUES.Encore ce Georges ! Toujours Georges dans les chagrins de ma pauvre Geneviève.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Mais c’est bien la dernière fois, par exemple, car nous ne remettrons jamais les pieds chez ces gens-là, et jamais nous ne reverrons ce monstre de Georges.JACQUES.Mais qu’a-t-il fait ? De grâce, chère mademoiselle, ne me laissez pas en suspens ; et comment mon oncle, qui est bon homme, a-t-il pu contribuer au chagrin de Geneviève ?MADEMOISELLE PRIMEROSE.Bon homme ! Un sot, un imbécile, un animal, dont Georges ferait un meurtrier au besoin. » Jacques ne put s’empêcher de sourire à cette explosion de colère de Mlle Primerose.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Écoute, Jacques, je ne veux pas te raconter cette scène horrible devant elle ; je lui ferai un mal affreux en lui rappelant une abomination dont elle a failli mourir ; tu vas déjeuner avec nous ; après déjeuner, Geneviève se reposera, tu viendras dans ma chambre et tu sauras tout. »Jacques n’osa pas insister, malgré sa vive inquiétude, car il savait Georges capable de tout. Pour ne pas déranger Geneviève, Mlle Primerose voulut qu’on déjeunât dans le salon. Lorsque Rame entra et qu’il vit Jacques, il courut à lui au risque de tout briser, et, posant rudement son plateau par terre, il prit les mains de Jacques, les serra et les baisa sans que Jacques pût l’enempêcher.RAME.Moussu Jacques ! Bon Moussu Jacques ! Rame content voir Moussu Jacques. – Jeune Maîtresse heureuse voir Moussu Jacques. – Jeune Maîtresse aimer Moussu Jacques. – Elle plus triste, plus pleurer.JACQUES.Merci, mon bon Rame, de ce que vous me dites d’affectueux. Moi aussi, je suis heureux de vous retrouver avec ma chère Geneviève.RAME.Oui, moi sais bien ; pas comme coquin, scélérat, Moussu..., moi pas dire nom ; petite Maîtresse pas vouloir, mais Moussu Jacques savoir qui scélérat, coquin. »Jacques sourit, Mlle Primerose éclata de rire, Geneviève elle-même sourit.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Voyons, mon cher, mettez-nous le couvert et servez-nous un bon déjeuner : nous avons tous faim, car nous sommes tous heureux. » Geneviève soupira, Jacques la regarda  tristement et laissa aussi échapper un soupir.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Hé bien ! qu’est-ce que c’est ? Est-ce pour soupirer que nous sommes réunis ici, hors de cet horrible château de Plaisance ? Il porte joliment son nom ! c’est Déplaisance qu’on aurait dû le nommer. Et les habitants ! ils sont gentils. Je les ferais fourrer en prison si j’étais gendarme ou préfet.RAME, gravement.Mam’selle Primerose, vous pas raison ; domestiques bons. Julien bon, Pierre bon, cocher bon, cuisinière très bon ; elle donner bonnes choses à Rame ; Fanchette, la fille, très bon ; toujours rire et donner sucre et café à Rame.MADEMOISELLE PRIMEROSE, riant.Mettez votre couvert, mon ami, et tenez votre  langue ; vous êtes comme Azéma, qui parle  comme une pie.RAME, se fâchant.Moi pas pie, moi pas Azéma, moi Ramoramor,  grand chef avec habit rouge plein d’or. » Mlle Primerose partit encore d’un éclat de rire.  Geneviève rit aussi, pour la première fois depuis sa maladie. Jacques, en la voyant rire, se laissa aller à un accès de gaieté. Rame, joignant les mains, s’écria en sautant et en pirouettant: « Petite Maîtresse rire, petite Maîtresse contente ! Moussu Jacques, petite Maîtresse rire ! Première fois, bon Moussu Jacques. Moi heureux ! Hourra, Moussu Jacques !GENEVIÈVE, riant toujours.Tais-toi donc, mon bon Rame ; tu vas faire monter les sergents de ville. »Et Geneviève continua son bon rire frais et gai.                                 A suivre... 
10 Dec 2017 à 21:06
Après la pluie, le beau temps (41ème partie)
XXIXColère de MM. Dormère père et fils.Quand Geneviève rentra chez elle, elle voulut brûler la lettre de Georges, de peur qu’elle ne tombât entre les mains de son oncle ou de quelque personne malveillante. Elle la chercha, mais elle ne la trouva pas. Après avoir cherché partout, elle eut la pensée que Mlle Primerose l’avait peut-être aperçue et emportée ; elle entra chez sa cousine, qui n’y était pas. Pélagie lui dit qu’elle était sortie depuis longtemps pour aller donner des nouvelles de Geneviève aux Saint-Aimar, qui en étaient toujours fort occupés, et qui étaient venus tous les jours pour savoir comment elle allait.Ce n’était donc pas Mlle Primerose qui avait commis l’indiscrétion dont elle était du reste fort capable, ayant conservé l’habitude de lire les lettres que recevait son élève.Geneviève eut alors la pensée que Georges luimême avait eu l’audace de venir chez elle et qu’ayant vu sa lettre laissée ouverte sur la table, il l’avait prudemment emportée pour la brûler.Geneviève n’y pensa donc plus et ne s’en inquiéta pas. Elle demanda à Pélagie et à Rame de ne pas parler à Mlle Primerose de la lettre de Georges ni de la réponse qu’elle y avait faite. Elle prévint aussi ses fidèles amis qu’elle demanderait à Mlle Primerose de retourner à Paris le plus tôt possible, sous prétexte de changer d’air pour achever de se remettre. « Et surtout, mes bons amis, préparez tout sans qu’on le sache dans le château, pour m’éviter une entrevue avec mon oncle ; je n’aurais pas encore la force de la supporter. »Pélagie et Rame lui promirent que personne n’en saurait rien. Quand Mlle Primerose rentra, elle était si fatiguée qu’elle se jeta dans un fauteuil et demanda un verre de vin et des biscuits pour se remonter.GENEVIÈVE.Ma bonne cousine, pendant votre absence je me suis demandé ce que nous faisions ici ; nous y sommes prisonnières, n’osant sortir, de crainte de nous rencontrer avec mon oncle et son fils, ne voyant personne, mangeant chez nous comme des recluses, osant à peine prendre l’air à nos fenêtres, de peur d’être aperçues. Je sens pourtant que j’ai besoin d’air et de mouvement ; et surtout j’éprouve le vif désir de quitter cette maison, de changer d’air. Si nous pouvions retourner chez nous à Paris, je me sentirais soulagée d’un poids qui m’oppresse ; je respirerais plus librement.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Que je suis contente de ce que tu me dis, ma chère enfant ! J’attendais, pour te parler de départ, que tu fusses en état de supporter un déplacement ; puisque tu partages mon désir de quitter cet horrible château, pour n’y jamais revenir, nous partirons quand tu voudras.GENEVIÈVE.Demain, ma cousine, demain ; d’autant plus que je sais par Rame que demain mon oncle et son fils vont dîner chez les Saint-Aimar.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Très bien, mon enfant, très bien. Commençons nos préparatifs. Pélagie fera nos malles ; je vais envoyer Rame chez M. Bourdon pour payer ses visites ; il passera chez le pharmacien, chez tous les marchands auxquels on peut devoir quelques petites notes ; il commandera un omnibus pour demain six heures, et nous partirons par le train de sept heures pendant que les Dormère seront absents. »Tout fut fait comme l’avait dit Mlle Primerose.Le lendemain, M. Dormère et Georges montèrent en voiture à cinq heures ; à six heures bien précises l’omnibus arriva ; toutes les malles furent descendues ; elles avaient été achevées par Pélagie dans l’après-midi ; Rame et le cocher les chargèrent sur l’omnibus ; Mlle Primerose descendit soutenant Geneviève, qui était encore d’une grande faiblesse ; elles firent leurs largesses aux domestiques de M. Dormère, qui témoignèrent beaucoup de regret de les voir partir et qui dirent chacun leur phrase pour indiquer qu’ils savaient que Mlle Geneviève avait souffert, qu’on avait été bien mal pour elle, qu’une personne comme il faut ne pouvait s’accommoder de la société d’un homme comme M. Georges ; qu’il finirait mal, que Monsieur regretterait un jour sa faiblesse, etc.Mlle Primerose profita de l’occasion pour lancer quelques propos significatifs pour M. Dormère, qui était plus imbécile que méchant, sur Georges, qui finirait ses jours au bagne, qui déshonorerait son nom, etc.Elle céda enfin aux instances réitérées de Geneviève et monta en omnibus avec Pélagie, Azéma et Rame.À neuf heures elles étaient arrivées chez elles, et Geneviève, moins fatiguée qu’on ne pouvait le craindre, était à dix heures installée dans sa chambre et couchée.Le soir de ce même jour, quand M. Dormère rentra avec Georges, son valet de chambres’empressa de lui dire : « Monsieur ne sait pas ce qui s’est passé en son absence ?M. DORMÈRE.Non, quoi donc ?JULIEN.Ces dames sont parties une heure aprèsMonsieur.M. DORMÈRE.Parties ? Ce n’est pas possible.JULIEN.C’est pourtant bien vrai, Monsieur. À six heures, un omnibus du chemin de fer est venu emporter les malles, qui étaient faites d’avance sans que personne s’en fût douté ; ces dames nous ont fait leurs adieux, elles sont montées en omnibus avec les femmes et Rame, et elles sont parties. Mlle Geneviève était si pâle, si maigre, elle paraissait si faible, que nous en étions bouleversés. Monsieur sait combien nous lui sommes tous attachés ; elle est si bonne, si douce, si aimable ! Ces dames ont été très généreuses ; elles ont largement payé des services que nous étions trop heureux de leur rendre. »Julien aurait pu parler longtemps encore sans que M. Dormère ni Georges songeassent à l’interrompre ; ils étaient atterrés par ce départ si imprévu. M.Dormère avait sincèrement désiré voir sa nièce, pour lui exprimer son chagrin de son injuste accusation et du mal qu’il lui avait fait. Georges voyait la fortune de Geneviève lui échapper définitivement. Malgré la lettre si froidement méprisante qu’il en avait reçue la veille, il espérait encore la ramener à lui et la forcer à l’épouser avec l’aide de son père. Quand Julien fut sorti, ce fut Georges qui parla le premier.« C’est un tour de la cousine Primerose, dit-il avec emportement. Vous ne pouvez pas supporter cela, mon père. Comme tuteur vous avez le droit de garder votre pupille, et vous devez en user.M. DORMÈRE.Tu oublies, Georges, qu’elle a dix-huit ans ; et que j’ai perdu mes droits par l’abandon que j’en ai fait à ma cousine Primerose, ensuite par l’injure que je viens de lui faire au moment de cette scène. Elle a un subrogé tuteur auquel elle s’adresserait pour m’échapper ; et toute cette affaire serait naturellement portée devant les tribunaux. Rappelle-toi aussi que Mlle Primerose est là, qu’elle nous hait et qu’elle pousserait les choses de toute la puissance de sa haine. Elle ne pardonne pas, celle-là.GEORGES.Les misérables ! Comme elles nous ont joués !Et cette Geneviève ! ce prétendu agneau, qui prend part à une pareille action.M. DORMÈRE.Le chagrin te rend injuste, mon ami ; que voistu de coupable, de mauvais dans ce départ ?GEORGES.C’est une inconvenance, une impertinence vis-à-vis de vous, mon père.M. DORMÈRE.Inconvenance oui, impertinence non. » Julien rentra : « Voici une lettre à l’adresse de monsieur, que je viens de trouver sur la table de Mlle Primerose. »M. Dormère lut ce qui suit : « Monsieur, « Geneviève me demande de l’emmener ; elle redoute beaucoup une entrevue qui ne peut plus être évitée. Dans son état de faiblesse, votre présence pourrait lui occasionner une rechute qui serait mortelle. Je l’emmène donc avec bonheur, heureuse de quitter votre toit inhospitalier. Je vous salue.« CUNÉGONDE PRIMEROSE. »Une seconde petite lettre était de Geneviève. « Mon oncle, « Pardonnez-moi de vous quitter sans vous avoir vu. Je sens que je n’aurais pas la force de supporter votre présence. La scène terrible qui m’a mise si près de la mort est encore trop récente pour que l’impression en soit effacée.Permettez-moi de vous dire, mon oncle, qu’en vous quittant je n’emporte aucun ressentiment et que je vous pardonne du fond du coeur tout ce qui s’est passé. « Votre nièce respectueuse, « GENEVIÈVE. »M. Dormère donna à Georges les deux lettres et se retira dans sa chambre sans prononcer une parole.Georges s’en alla aussi dans sa chambre, furieux contre Geneviève, contre Mlle Primerose, contre son père qu’il trouvait faible et absurde. « Il n’a jamais su se conduire, ni conduire les autres ; avec moi jadis, il s’est comporté comme un enfant, ajoutant foi à tout ce que je lui disais ; et pourtant il savait que je mentais ; au lieu de me punir, de me fouetter au besoin, il m’excusait, me soutenait, il m’embrassait. C’est stupide ! Aussi je ne l’aime ni ne le respecte.                          A suivre ...
06 Dec 2017 à 21:39
Après la pluie, le beau temps (40ème partie)
M. DORMÈRE.Je vous enverrai Georges ; peut-être le recevrez-vous.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Votre coquin de Georges ! Je le recevrai à coups de balai s’il s’avise de se montrer. » Elle poussa M. Dormère en dehors de la porte et la ferma à double tour. Il fut obligé de descendre ; il raconta à Georges le peu de succès de sa démarche.GEORGES.Il faut attendre, mon père, que vous puissiez la voir elle-même. Cette vieille cousine est un vrai dragon ; il n’y a rien à espérer d’elle. Dans quelques jours vous entrerez sans la permission de Mlle Primerose, en passant par la chambre de Pélagie. »Quatre jours après, sachant Geneviève assez bien remise pour pouvoir aller et venir dans son appartement, Georges résolut d’accomplir un projet hardi, celui d’écrire à Geneviève pour demander sa main comme moyen de la réhabiliter entièrement dans l’esprit de M. Dormère. Voici ce qu’il lui écrivit.XXVIIILettre de Georges. – Départ de Geneviève.« Geneviève, votre maladie m’a navré ; j’ai plus souffert que je ne puis le décrire. C’est moi qui suis votre bourreau ; le chagrin, le remords me rongent le coeur. Pour achever mon malheur, je vous aime comme je ne vous ai jamais aimée ; vous êtes devenue l’objet de toutes mes pensées.« Plus vous avez déployé de courage, de générosité en ne me dénonçant pas à mon père, plus j’ai maudit l’indigne faiblesse qui m’avait fermé la bouche pendant cette scène terrible dans laquelle vous avez si héroïquement refusé de me nommer comme le vrai coupable.« Ces quarante jours de souffrance m’ont cruellement puni de ma faiblesse, et ont développé une tendresse dont je ne me croyais pas susceptible et dont la vivacité m’effraye.« Une légère espérance me soutient. Je suis parvenu à enlever à mon père l’horrible et injuste soupçon qu’il vous a exprimé avec tant de barbarie ; pour achever de lui ouvrir les yeux sur l’innocence de votre fidèle Rame, je lui ai avoué mon amour et mon ardent désir d’unir ma vie à la vôtre en conservant Rame comme le plus fidèle et le plus dévoué de vos amis. Cette déclaration a achevé de dissiper ses derniers doutes. En effet, comment supposer que je veuille lui donner une fille entachée dans son honneur par sa complicité d’un vol si odieux. C’est donc une réhabilitation complète que je vous offre en vous suppliant d’accepter ma main et mon coeur. Croyez que ma vie entière sera consacrée à expier cette grande faute de ma jeunesse. « Oserai-je espérer que vous ne repousserez pas mon humble demande, et que, dans la noble générosité dont vous avez usé à mon égard, votre coeur était intéressé à me sauver du déshonneur.« J’attends votre réponse avec une anxiété dont vous ne pouvez avoir aucune idée ; puisse-telle me conduire à vos pieds, pour entendre de votre bouche le pardon tant désiré. « Votre fidèle et dévoué,« GEORGES. »Ce fut Rame que Georges chargea deremettre cette lettre à sa maîtresse.GEORGES.Si vous saviez, mon pauvre Rame, comme je suis touché des soins que vous avez donnés à ma chère Geneviève !RAME.Pourquoi chère Geneviève ? Avant pas chère.Pourquoi touché ? Moi pas soigner vous, pas pour vous ; moi aimer jeune Maîtresse et moi malheureux quand jeune Maîtresse pleurer, quand jeune Maîtresse souffrir ; et moi soigner jeune Maîtresse pour elle, pour moi, pas pour vous.GEORGES.Je le sais, mon bon Rame ; et voilà pourquoi je vous aime, et je vous demande de lui remettre cette lettre qui lui fera plaisir, j’en suis sûr. » Rame hocha la tête d’un air de doute. Il prit la lettre, la retourna dans tous les sens, avec hésitation, comme s’il craignait qu’elle ne contînt quelque maléfice, puis il dit :« Et si moi la donner à Mam’selle Primerose ?GEORGES.Non, non, Rame, ne faites pas cela.Genevièveserait très fâchée contre vous ; elle seule doit la lire. Vous verrez comme elle sera contente. Me promettez-vous de la lui donner à elle et à personne d’autre ?RAME.Si jeune Maîtresse contente, moi donner tout de suite. »Et Rame entra chez Geneviève. Georges l’entendit dire :« Moussu Georges envoyer lettre à jeune Maîtresse ; lui, dire : jeune Maîtresse très contente.GENEVIÈVE.Moi contente d’une lettre de lui ? Donne, mon bon Rame que je voie ce qu’il écrit. »Rame sortit ; il ne trouva plus Georges, qui s’en était allé dès qu’il avait su que Geneviève acceptait sa lettre.Geneviève resta quelques instants sans la décacheter. « Comment ose-t-il m’écrire, et que peut-il avoir à me dire ? »Elle l’ouvrit pourtant ; un sourire de mépris, puis d’indignation, accompagna la première partie de la lettre ; mais quand elle arriva à la dernière page, elle fut saisie d’une véritable colère.« Il ose me proposer d’être sa femme ! Il a l’indignité de supposer que je l’aime ! lui un misérable, un voleur, un scélérat, sans honneur, sans pitié, sans coeur ! un lâche qui n’a pas eu le courage de me sauver des indignes accusations de son père ! qui m’a su mourante et qui n’a pas eu pitié de mon désespoir ? Oh ! le lâche ! l’infâme, le monstre !« Lui répondrai-je ? Aurai-je le courage de lui adresser ma réponse ? Il le faut. Il mérite d’être éclairé sur mes sentiments à son égard. » Geneviève prit une plume et, d’une main tremblante, elle écrivit les lignes suivantes : « Monsieur, « Je vous méprise trop pour répondre sérieusement à la honteuse proposition que vous osez m’adresser. Je ne vous dis pas les motifs de ce refus, dicté par mon indignation et par ma juste antipathie ; vous ne les comprendriez pas, ayant abjuré tout sentiment d’honneur et de moralité. En quittant Plaisance, je n’emporterai aucun sentiment de haine. Je ne ressens pour vous que le plus profond mépris et le plus grand éloignement. Veuillez à l’avenir ne plus m’importuner de vos lettres et sous aucun prétexte, de votre présence.« GENEVIÈVE DORMÈRE. »Geneviève appela Rame, qui était sorti, par extraordinaire ; elle alla jusque chez sa bonne et la pria de faire remettre cette lettre à M. Georges.PÉLAGIE.Comment, Geneviève, tu lui écris ?GENEVIÈVE.Je lui réponds, ma bonne ; il a eu l’insolence de m’offrir de l’épouser pour me réhabiliter dans l’esprit de mon oncle. Je ne veux pas lui faire attendre la réponse ; elle est ce que tu peux deviner sans trop de peine.PÉLAGIE.Donne alors, donne vite, que je la fasse porter, tout de suite.« Rame, Rame, appela-t-elle en entrouvrant la porte qui donnait sur l’escalier de l’office. Venez vite, Mademoiselle a besoin de vous » Deux secondes après, Rame accourait tout effrayé.« Petite Maîtresse malade ? demanda-t-il.GENEVIÈVE.Non, Rame, je ne suis pas malade ; c’est une lettre à remettre à M. Georges.RAME.Moi voir jeune Maîtresse pas contente.GENEVIÈVE.Je suis très mécontente, mais pas malade, mon bon Rame. Je serai contente quand tu auras remis ma lettre. »Rame partit en courant ; il frappa à la porte de Georges, lui remit la lettre et remonta bien vite chez Geneviève, qui ne lui fit aucune question.                          A suivre...
06 Sep 2017 à 22:21
Après la pluie, le beau temps (39ème partie)
GEORGES.C’est que j’ai mal dormi, mon père ; je suisfatigué.M. DORMÈRE.Et moi aussi j’ai mal dormi. La scène d’hier m’a tellement bouleversé ! Sais-tu qu’il me vient des doutes sur la culpabilité de Rame. – Et toi ? »M. Dormère regarda fixement Georges, qui pâlit et rassembla son courage pour répondre.GEORGES.Et moi aussi, mon père ; et ce ne sont pas des doutes que j’ai : c’est une conviction profonde de l’innocence de Rame.M. DORMÈRE, inquiet.Qu’est-ce qui te donne cette conviction ?GEORGES.D’abord le caractère de cet homme, sa conduite toujours franche et honnête ; et puis, mon père, vous le dirai-je ? oserai-je vous l’avouer ?M. DORMÈRE, pâle et agité.Parle, parle, dis tout. Je pardonne tout, pourvu que je sorte du trouble affreux dans lequel me jette cette incertitude.GEORGES.Eh bien, mon père, c’est que j’aime Geneviève, sa douleur m’afflige ; je ne puis vivre sans elle ; je mourrai si vous ne me la donnez pas, si vous ne l’acceptez pas pour votre fille.M. DORMÈRE.Ma fille ! Avec son voleur qu’elle ne quittera jamais ! Tu es fou, Georges.GEORGES.Oui, mon père, je suis fou, je suis fou d’elle, et je sais, je crois qu’elle est un ange, et que je ne serai heureux qu’avec elle.M. DORMÈRE.Mon Dieu ! il ne me manquait plus que cela pour m’achever ! Georges épousant une folle, une sotte, escortée d’un voleur.GEORGES.Arrêtez, mon père ; ne parlez pas ainsi de la créature la plus parfaite que la terre ait portée.Qui vous dit qu’elle soit une folle et une sotte ? Ne voyez-vous pas qu’en vous taisant le nom du voleur, elle veut sauver quelqu’un qu’elle aime ? Qui vous dit que ce quelqu’un n’est pas Pélagie, à laquelle elle croit devoir une grande reconnaissance ?– Pélagie ! s’écria M. Dormère. Tu l’as trouvé ! Voilà le mystère ! Oh ! Georges, monami, de quel poids tu me délivres ! Pélagie,... c’est cela ; tout est expliqué. Pauvre généreuse enfant, comme je l’ai fait souffrir ! Épouse-la, mon ami ; je suis heureux que tu l’aimes, tu sais que c’était mon plus vif désir... Mais tu ne sais pas qu’elle est très malade, en danger même, à ce que dit le médecin.GEORGES.En danger ? Ah ! mon père, qu’avez-vous fait ! »M. Dormère se cacha la figure dans ses mains. Et Georges fut consterné, non du danger de Geneviève, mais de la crainte de perdre ses quatre-vingt mille livres de rente.Georges questionna son père sur ce que lui avait dit le médecin. M. Dormère lui répéta mot pour mot les paroles de M. Bourdon ; chacune d’elles s’était gravée dans son souvenir et avait éveillé les remords... et le doute.GEORGES.Vous voyez, mon père, combien votre accusation était injuste et cruelle.M. DORMÈRE.Oui, Georges, je le vois, et pour première réparation je vais faire chasser Pélagie, ce qui terminera toute l’affaire. »Georges ne s’attendait pas à ce nouveau coup. C’était un moyen sûr de faire parler Geneviève. Il fallait à tout prix empêcher son père de suivre cette fatale idée.GEORGES.Chasser Pélagie ! sur une supposition ! Vous voulez donc achever de la tuer ? C’est indigne, c’est barbare ! Pourquoi alors ne pas faire arrêter ma cousine Primerose et Rame ? Ils peuvent avoir aussi bien volé vos dix mille francs que Pélagie. Je vous répète que c’est la tuer à coup sûr que d’arrêter Pélagie, qu’elle aime plus que tout au monde.M. DORMÈRE.Mais, mon ami, toi-même n’as-tu pas dit que Pélagie était la voleuse ? Comment veux-tu que je garde chez moi une coquine pareille ?GEORGES.Mon père, je n’ai plus qu’un mot à vous dire. Si vous faites la moindre tentative contre Pélagie ou Rame, je quitte votre maison pour n’y plus revenir, et je vais immédiatement déclarer à votre procureur impérial que c’est moi qui vous ai volé.Maintenant que vous voilà prévenu, faites comme vous voudrez. Je vais m’habiller pour être prêt à vous suivre chez le procureur impérial. M. Dormère était atterré. Il n’avait qu’un parti à prendre : celui de garder le silence et laisser passer le vol sans autre réclamation.« Je ferai ce que tu voudras, Georges, dit-il ; tu es cruel dans tes menaces. »GEORGES.Moins cruel, mon père, que vous ne l’avez été pour celle que j’aime et qui sera ma femme, je vous le répète ; c’est le seul moyen de la tranquilliser, ainsi ne résistez pas, car, si vous me refusez, vous me ferez mourir. »M. Dormère quitta la chambre de Georges et se retira chez lui dans une agitation, un chagrin difficile à décrire.La potion du médecin ne produisit aucune amélioration dans l’état de Geneviève. Quand M. Bourdon revint vers quatre heures, il trouva la fièvre augmentée, le délire toujours le même. Il n’hésita pas à lui faire une forte saignée et à mettre des sinapismes aux pieds pour dégager la tête. Il ordonna le repos le plus complet et promit de revenir le lendemain de bonne heure.La soirée et la nuit furent plus calmes ; quand M. Bourdon la revit le lendemain, il trouva une grande amélioration dans son état ; le danger avait disparu. Mais il recommanda le plus grand calme autour d’elle et le silence le plus complet.– Pélagie et Rame ne quittèrent pas l’appartement pendant tout le temps que dura la maladie, qui fut longue et qui laissa Geneviève dans un état de faiblesse inquiétante. Jusqu’à son entier rétablissement, c’est-à-dire pendant plus d’un mois, Pélagie continua à passer ses jours et ses nuits près de sa chère enfant. Rame les passait dans la chambre à côté, couchant par terre en travers de la porte de sa jeune maîtresse.M. Dormère et Georges montaient matin et soir pour savoir de ses nouvelles ; Mlle Primerose refusa constamment de les voir et de leur parler et chargeait Rame de les tenir au courant. Mais Rame répondait toujours: « Moi pas savoir. »M. DORMÈRE.Comment, vous ne savez pas si elle va mieux ou plus mal ?RAME.Moi pas savoir.M. DORMÈRE.Mais vous savez ce qu’a dit le médecin ?RAME.Moi pas savoir. » M. Dormère fut obligé de s’adresser au médecin, et il sut enfin par lui qu’elle pouvait se lever et prendre quelque nourriture. Mlle Primerose était un jour dans sa chambre, occupée à dessiner, quand elle vit la porte s’ouvrir et M. Dormère entrer chez elle. Elle arrêta un cri prêt à s’échapper.« Sortez, sortez, monsieur, dit-elle d’une voix étouffée. Si elle vous entendait, elle retomberait dans son premier état. Sortez, vous dis-je ! » Et elle le poussa vers la porte.M. DORMÈRE.Mais je veux savoir...MADEMOISELLE PRIMEROSE.Vous ne saurez rien ; allez-vous-en.M. DORMÈRE.Je suis d’une inquiétude affreuse.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Tant mieux ! Sortez.M. DORMÈRE.Je ne peux pas vivre ainsi pourtant...MADEMOISELLE PRIMEROSE.Eh bien, mourez, mais allez-vous-en.M. DORMÈRE.C’est vraiment incroyable...MADEMOISELLE PRIMEROSE.C’est vraiment trop odieux de venir l’achever par une rechute.M. DORMÈRE.Je vous en prie, chère cousine, écoutez-moi.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Je ne veux pas vous écouter et je ne suis pas votre chère cousine. Je vous déteste, vous me faites horreur !                              A suivre... 
03 Sep 2017 à 21:28
Après la pluie, le beau temps(38ème partie)
Elle parlait, mais Geneviève n’apportait aucune attention à ses paroles ; elle souffrait de la tête et obtint non sans difficulté, à la fin de la journée, que Mlle Primerose la laissât seule avec sa bonne. La nuit fut d’une agitation affreuse ; vers le matin, Pélagie appela Rame, qui n’avait pas quitté la porte de sa jeune maîtresse, et lui demanda d’aller chercher le médecin. « L’agitation ne fait qu’augmenter, dit-elle ; elle a de la fièvre ; il faut absolument qu’on fasse venir le médecin. Louez un cabriolet dans le village, mon pauvre Rame, afin de ne pas déranger les gens et les chevaux de M. Dormère, et ramenez avec vous le médecin ; ce sera plus tôt fait. »Rame jeta un regard douloureux sur sa jeune maîtresse et sortit avec empressement. Une heure s’était à peine écoulée qu’il rentrait avec lemédecin.M. BOURDON.Mlle Geneviève est malade ? Qu’a-t-elle donc ?PÉLAGIE.Elle est bien malade, monsieur ; toute la nuit elle a été dans une agitation qui m’a fait peur.M. BOURDON.A-t-elle eu une frayeur, une impression violente ?PÉLAGIE.Oh oui ! monsieur, terrible, affreuse ! Elle a été longtemps sans connaissance, et elle n’a pas retrouvé de calme, depuis. »M. Bourdon lui tâta le pouls. « Une fièvre terrible. – La tête est brûlante. – Elle a des mouvements nerveux. – Parle-t-elle ? Vous reconnaît-elle ?PÉLAGIE.Elle parle beaucoup, mais elle ne dit rien de suivi. Depuis quelque temps elle ne semble pas me reconnaître. »Pélagie pleurait ; le médecin, qui était un brave homme, parut touché. Il examina encore attentivement la malade ; elle recommença ses paroles entrecoupées. Celles qui revenaient le plus souvent étaient : « Malheureuse ! c’est ton Rame ! » Elles lui causaient toujours un redoublement de sanglots et de gémissements plaintifs. – Puis elle criait: « Mon oncle !... Rame ! Rame en prison !Chassez cet infâme !... Chassez-le, c’est un monstre ! Il ne parle pas... Il veut me tuer. »M. Bourdon, surpris de ces paroles incohérentes mais significatives, questionna encore Pélagie, dont les réponses embarrassées lui prouvèrent qu’il y avait un mystère qu’elle ne voulait pas lui faire connaître. Il restait fort incertain, ne connaissant pas la cause précise du mal et ne sachant quel remède y apporter, lorsque Mlle Primerose vint à son secours. Elle avait entendu le bruit d’une voiture, elle avait reconnu la voix de Rame, et elle craignait que Geneviève ne fût plus mal. Apercevant le médecin, elle questionna Pélagie, qui lui raconta comment s’était passée la nuit et qu’elle avait jugé nécessaire d’avoir l’avis du médecin.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Pensez-vous qu’il y ait du danger, Monsieur ?M. BOURDON.Je ne puis encore rien dire, Madame ; comme j’ignore ce qui a amené la maladie, je ne puis agir qu’avec la plus grande précaution et, comme on dit, en tâtonnant.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Comment ? Pélagie ne vous a pas raconté ?...PÉLAGIE.J’ai dit que Mademoiselle avait eu une grande commotion, je n’ai pas cru devoir en dire davantage.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Est-il possible de faire des mystères au médecin ! Heureusement que je suis là pour réparer votre discrétion exagérée. » Mlle Primerose raconta alors à M. Bourdon tout ce qui s’était passé, depuis l’agitation du déjeuner jusqu’à la terrible accusation et la menace qu’avait formulée M. Dormère, dont elle flétrit avec animation l’odieuse conduite ; sans accuser directement Georges, elle parla de lui comme d’un misérable, digne de tout mépris ; elle ajouta que M. Dormère voulait lui faire épouser sa nièce, mais que Geneviève n’y consentirait jamais vu qu’elle le détestait et le méprisait profondément.M. Bourdon tira du récit de Mlle Primerose une conclusion peu favorable à Georges et à M. Dormère. Peut-être soupçonna-t-il ce que Mlle Primerose avait deviné, mais il n’en laissa rien paraître ; il remercia Mlle Primerose de sa confiance et lui promit la plus grande discrétion.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Je ne vous demande pas du tout la discrétion que vous me promettez ; parlez, racontez, commentez, ce sera pour le mieux.M. BOURDON.Mais, Madame, peut-être que cette histoire ébruitée ferait quelque tort à Mlle Geneviève.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Tort ! à Geneviève ! Elle est assez connue pour ne pas craindre qu’on l’accuse d’une chose aussi ridicule que favoriser le vol d’un bon et fidèle serviteur comme Rame ; personne ne croira qu’un ange comme elle, qui a quatre-vingt mille livres de rente, qui est charmante, qui a plus d’argent qu’elle n’en a besoin, qui a été élevée par moi, fasse la sottise de laisser voler son oncle, et si bêtement encore. Il faut être imbécile comme M. Dormère pour faire une supposition pareille. Vous comprenez maintenant, docteur, la terrible impression qu’elle a dû ressentir : voyez ce que vous avez à faire.M. BOURDON.Je vais lui prescrire une potion calmante, et si ce moyen innocent ne suffit pas, je la saignerai avant dîner et vous lui mettrez des sinapismes aux pieds. »M. Bourdon écrivit une ordonnance, recommanda qu’on donnât de l’air, qu’on entretînt de l’humidité à la tête au moyen d’eau fraîche, et qu’on lui donnât de l’eau froide pour toute boisson.Rame ramena le médecin chez lui et alla prendre chez le pharmacien la potion prescrite.XXVIIHorrible fausseté de Georges.En quittant Geneviève, M. Bourdon trouva M.Dormère qui l’attendait à la porte. Il avait entendu la voiture, il avait su, par Mlle Primerose, qu’elle avait amené le médecin, et il l’avait attendu pour savoir au juste l’état de sa nièce.M. BOURDON.Il me paraît inquiétant, Monsieur. Il semblerait que la pauvre enfant a entendu accuser injustement d’une faute grave quelqu’un qu’elle affectionne particulièrement et auquel elle doit beaucoup, ce qui l’a tellement indignée et épouvantée qu’elle a eu un très long évanouissement, indice d’une commotion cérébrale, et d’autant plus grave qu’elle était imprévue.M. DORMÈRE.Comment imprévue ?M. BOURDON.Je veux dire, Monsieur, que l’accusation qui est la cause du mal était imprévue. Quand on a vraiment connaissance d’une faute, on prévoit l’accusation, on s’y attend. Le saisissement n’est pas le même que lorsqu’on entend une personne qui vous est chère faussement accusée d’une faute dont une belle, bonne, franche nature est incapable.M. DORMÈRE.La croyez-vous en danger ?M. BOURDON.Oui, Monsieur. Si la saignée que je vais pratiquer dans quelques heures ne dégage pas la tête, nous courons le danger d’une maladie cérébrale.M. DORMÈRE.Mais elle a sa connaissance ? elle parle ?M. BOURDON.Non, Monsieur ; elle parle, mais sans savoir ce qu’elle dit. Ainsi elle répète souvent avec un accent de désespoir qui fait mal à entendre: Malheureuse ! c’est ton Rame ! Et puis : Rame en prison !... c’est un infâme !... c’est un monstre... il ne parle pas !... il ne dit rien, il veut me tuer... Cela prouve la grande surexcitation du cerveau et l’indignation profonde amenée par une fausse accusation. »M. Bourdon pensa en avoir dit assez pour ouvrir les yeux à M. Dormère ; il salua et partit. M.Dormère resta pensif et immobile : un doute commençait à se faire dans son esprit. « Aurais-je réellement accusé à faux ce malheureux ? Ce serait horrible pour elle ! Et si elle meurt ? Pauvre enfant ! je l’aurais assassinée ; ce serait la digne fin de la protection et de la tutelle dont m’avait chargé la tendresse confiante de mon frère, de ma soeur. Pauvre petite ! elle n’a été heureuse que pendant les années qu’elle a passées loin de moi, quand je l’ai chassée sans m’inquiéter de son avenir... Mais pourquoi a-t-elle dit : L’honneur de votre maison ? C’est elle-même qui m’aurait dévoilé ce Rame... Elle seule... et Georges ! ajouta-t-il avec une angoisse qui fit trembler tous ses membres. – Mais non ; je suis fou !... Georges était là ! Il n’a rien dit... C’est impossible ! Georges ! qui est mon fils, qui dispose de tout ce que j’ai. C’est une idée absurde. Georges ! Que c’est bête d’avoir de pareilles pensées ! Georges ! Ha, ha, ha ! – Il faut que je l’appelle, que je le consulte ; je veux qu’il sache ce qu’a dit le médecin... Je suis fâché d’avoir parlé à ce médecin... Un reste de pitié absurde pour avoir des nouvelles qui m’importaient peu. »M. Dormère, malgré ses raisonnements, avait conservé du doute et de l’agitation ; il entra chez Georges, qu’il trouva encore dans son lit. « Comment, paresseux, dit-il en riant, pas levé à neuf heures ?A suivre ...
31 Aoû 2017 à 23:06
Après la pluie, le beau temps (37ème partie)
XXVMaladie de Geneviève.Pélagie, un peu rassurée par les assurances de Mlle Primerose, s’occupa activement à faire revenir la pauvre Geneviève de son évanouissement ; un gémissement plaintif annonça enfin son retour à la vie ; peu après, elle ouvrit les yeux, regarda autour d’elle ; la connaissance lui revint.« Pourquoi suis-je ici ? dit-elle d’une voix si faible qu’on l’entendait à peine. C’est vous, ma cousine ? Te voilà, ma bonne ? Pourquoi suis-je couchée ? Où est mon oncle ?... Mon oncle ? répéta-t-elle en interrogeant ses souvenirs. Mon oncle ?... Ah ! je me souviens...  Malheureuse !  c’est ton Rame ! » Et, retombant sur son oreiller, elle éclata en sanglots. « Mon oncle ! Oh ! mon oncle !... Il croit, il croit... Mais c’est impossible... Je ne peux pas,... il me tuerait... Rame, Rame en prison ! C’est horrible, affreux ! Ma bonne cousine, sauvez-le,... dites-lui que c’est... Non, non, ne dites pas... Ce serait lui qui mourrait... C’est un monstre, un infâme !... Et il ne dit rien,... il m’assassine et il ne parle pas... » Pélagie, frappée de terreur, interrogeait du regard Mlle Primerose, qui pleurait et soutenait dans ses bras la malheureuse enfant.PÉLAGIE.Mon Dieu ! mais qu’est-il donc arrivé, mademoiselle ? De qui parle ma pauvre enfant ? On a voulu l’assassiner ? Qui donc ? Serait-ce son méchant oncle ?MADEMOISELLE PRIMEROSE.Non, non ; pas l’assassiner ; mais il a perdu de l’argent, beaucoup d’argent, et il croit que c’est Rame qui le lui a volé, et il veut le livrer à la justice.PÉLAGIE.Oh ! l’horreur ! Ce n’est pas possible ! Lui qui  le connaît, comment croirait-il ?... Il est donc fou ?MADEMOISELLE PRIMEROSE.Je l’espère ; ce serait moins affreux que cette accusation insensée. – Voici Rame qui apporte de quoi la réchauffer ; elle est comme un glaçon. » Rame remit les bouteilles à Pélagie ; un coup d’œil jeté sur Geneviève lui démontra qu’elle vivait, mais qu’elle était en proie à un violent chagrin, elle sanglotait à faire pitié même à un indifférent. Rame se jeta à genoux près du lit de sa jeune maîtresse.RAME.Petite Maîtresse ! chère petite Maîtresse !... vous pas pleurer ! Rame peut faire rien ; Rame seulement pleurer quand bonne petite Maîtresse avoir chagrin... Moi quoi faire pour consoler chère jeune Maîtresse ?GENEVIÈVE.Mon bon Rame, tu me consoles par ton affection. Aime-moi, mon cher Rame, aime-moi toujours. Et toi, ma bonne Pélagie, tu pleures aussi ? – Et vous, ma chère cousine, qui avez été une mère pour la malheureuse Geneviève, vous m’aimerez toujours, n’est-ce pas ? Vous ne croirez pas mon oncle ? Pauvre homme, il ne sait pas ; ce n’est pas sa faute.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Il me tuerait plutôt que de me faire consentir à ce qu’il veut faire et que j’empêcherai, sois-en sûre, ma chère enfant. C’est un méchant homme. Je ne lui pardonnerai jamais.GENEVIÈVE.Pardonnez-lui, ma bonne cousine ; je vous le répète : il ne sait pas ce qu’il fait ; les apparences justifient sa cruelle supposition.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Non, je ne lui pardonnerai pas, et je soupire après le moment où ma langue sera déliée pour lui dire ce que je crois avoir deviné.GENEVIÈVE.Ma cousine, prenez garde d’accuser un innocent ; en devinant on se trompe souvent.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Mais on devine juste quelquefois.GENEVIÈVE.Voyez comme mon oncle a été cruel et injuste en devinant. Promettez-moi de ne pas l’imiter, pour ne pas me causer d’affreux désespoirs.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Je ne te promets rien.GENEVIÈVE.Vous voulez donc augmenter mes terreurs ? Hélas ! je suis déjà assez accablée pour que mes amis n’augmentent pas ma souffrance.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Eh bien, je te le promets, à moins que ton bonheur ne m’oblige en conscience à rompre le silence que je garde par ta volonté expresse, et bien malgré moi, je t’assure.GENEVIÈVE.Merci, chère cousine, merci. » Geneviève parut se calmer ; elle demanda à rester seule.Mlle Primerose rentra donc dans sa chambre, accompagnée de Pélagie et de Rame, auxquels elle raconta ce qui s’était passé. L’indignation et la douleur de Rame furent à leur comble. La pensée d’être pour quelque chose dans le cruel état de Geneviève le mettait hors de lui. Mlle Primerose et Pélagie finirent par obtenir de lui du calme, sous peine de ne pouvoir plus approcher de Geneviève : « La vérité finira par être connue, mon bon Rame ; cette sotte accusation, à laquelle personne ne croira, tombera d’elle-même, et le vrai coupable sera dévoilé. » Enfin ils convinrent entre eux trois qu’il fallait garder le silence là-dessus, et même éviter d’en parler devant Geneviève, de peur de renouveler la terrible émotion qu’elle venait d’éprouver.L’indignation de Pélagie et de Rame subsistait pourtant. Rame, qui ne manquait pas de pénétration, laissa échapper un soupçon contre Georges et un projet de vengeance, que Mlle Primerose se hâta d’arrêter, en lui faisant observer qu’il s’exposait à  être séparé violemment de sa maîtresse si M. Dormère ou son fils en avait la moindre connaissance.« Au reste, ajouta-t-elle, ayez seulement un peu de patience, mon pauvre Rame ; nous ne resterons pas longtemps dans cette maison où notre pauvre Geneviève a toujours été malheureuse. Aussitôt qu’elle sera rétablie de l’affreuse secousse d’aujourd’hui, nous partirons pour Paris, et de là pour Rome.RAME.Bon ça, Mam’selle Primerose. Bonne idée. Nous aller à Rome ; plus jamais voir Moussu Dormère et coquin Moussu Georges.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Rame, ne vous habituez pas à parler comme cela de cet homme, et, ce qui vaut mieux encore, n’en parlez pas du tout. Geneviève l’a en horreur ; elle n’aimera pas à entendre prononcer ce nom. Quand nous serons partis d’ici, tâchons d’oublier Plaisance et ses habitants. »Rame hocha la tête.« Moi oublier jamais ; moi toujours dans la tête coquins, canailles qui faire petite Maîtresse pleurer.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Mais du moins n’en parlez pas, mon cher : ce n’est pas difficile cela.RAME.Mam’selle Primerose sait bien pas facile, pas parler.MADEMOISELLE PRIMEROSE.Surtout ne dites rien à Azéma ; elle est si bavarde. » Pélagie sourit et sortit avec Rame, elle entra doucement chez Geneviève, qui pleurait encore, mais qui était plus calme.XXVILettres de mademoiselle Primerose.À l’heure du dîner, M. Dormère fit prévenir ces dames  par Pélagie qu’on les attendait pour dîner.« Dîner ! s’écria Mlle Primerose. Voilà qui est impudent, par exemple ! Dîner avec lui et son coquin de fils ! Attendez, je vais répondre à son invitation. »Elle prit une plume et écrivit :« Monsieur, « Votre nièce est très malade et ne dînera pas. Je me trouve aussi insultée que ma pauvre Geneviève. Il n’est pas dans nos usages que les victimes dînent avec leurs bourreaux.« CUNÉGONDE PRIMEROSE. »Elle cacheta et envoya la lettre. M. Dormère la lut, fronça le sourcil, et la passa à son fils, qui rougit et la rendit sans mot dire. « Dites à Mlle Primerose que je vais envoyer mon médecin à ma nièce. » Cinq minutes après, il reçut un second billet, ainsi conçu :« Monsieur,« Laissez-nous tranquilles ; je ne veux pas de médecin. Timeo Danaos et dona ferentes ( « Je crains les Grecs et leurs présents. » (Virgile, Énéide.)« CUNÉGONDE PRIMEROSE. »Il n’y eut pas d’autre message. Mlle Primerose disait vrai en écrivant à M. Dormère que Geneviève était malade. Elle refusa effectivement le dîner que lui servit Rame et que Mlle Primerose et Pélagie la pressaient de manger. Mlle Primerose le mangea seule, car l’indignation et le chagrin n’avaient pas diminué son appétit ; les deux billets qu’elle avait envoyés à M. Dormère étaient, disait-elle, un commencement de vengeance.« Je n’en resterai pas là ; il en verra bien d’autres. »                    A suivre ...
28 Aoû 2017 à 22:35

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Sablé au halwa turc et cacahuètes

Elle Mag - Recettes - 28 Juin 2016 à 09:22

Ingrédients: pour environ 28 pièces (selon la taille de l'emporte-pièce) 250 g de beurre 125 g de halwa turc 50 g de sucre glace 2 jaunes d’œufs 1 paquet de levure chimique 1 càc de vanille 80 g de cacahuètes grillées et finement moulues Farine au besoin (environ 500g) Décoration: Environ 400 g de cacahuètes grillées et moulues 1 pot de confiture d'abricot Préparation: Battre le beurre avec le sucre puis ajouter la halwa turc et bien mélanger Ajouter les jaunes d’œufs un par un ensuite les cacahuètes moulues Ajouter la vanille puis la farine avec la levure jusqu'à obtention d'une pâte souple et lisse Laisser reposer la pâte un petit peu Étaler la pâte sur un plan de travail fariné à 5mm d'épaisseur Découper les sablés à l'aide d'un emporte-pièce ou un verre puis faire une ouverture au centre à l’aide d’un petit emporte pièce Faire cuire pendant environ 15 minutes à 180° Une fois les sablés refroidies, les rassembler en les collant avec de la confiture Badigeonner les sablés de confiture à l'aide d'un pinceau puis passer aux cacahuètes et décorer avec du chocolat fondu. source : fan-decuisine