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Je n’ai pas pu dire adieu à mon fils

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Le phénomène de la harga prend des proportions alarmantes. Le danger omniprésent ne dissuade pourtant pas une jeunesse désabusée, prête à prendre tous les risques pour fuir un avenir incertain. Les conséquences pour eux et pour leur famille sont sans commune mesure. El Watan Week-end est parti à la rencontre des mamans dans l’attente de leurs enfants ayant pris la mer en octobre dernier. Témoignages.

Mardi 6 novembre, Madame Zikara ne le sait pas encore, mais c’est peut-être la dernière fois qu’elle voyait ses enfants, . Car le lendemain, Younès (26 ans) et Hicham (24 ans) prendront la route vers El Kala.

Un rendez-vous a été fixé pour le jeudi 8 novembre à 3h30. Là-bas, un canot les attend pour joindre l’autre rive de la Méditerranée.Ce qu’ils n’ont pas réussi. Selon les échos de la famille, la barque qui transportait 14 personnes– dont un couple, des Algérois et des Annabis – aurait été attaquée au large par un autre groupe de harraga qui voulaient voler leur argent et de l’essence.

Quelques jeunes auraient réussi à rejoindre la terre à la nage, un corps a été retrouvé sur une plage une semaine après et six autres sont toujours portés disparus. Parmi eux, Younès et Hicham. Les deux frères ont grandi dans le quartier Meissonnier, à Alger-Centre. Issus d’une famille de six personnes, ils ont été élevés sans manquer de rien.

Dans le même quartier, ils ont fréquenté l’école Abou Kacem Chebbi, puis le lycée Amr Bnou El Khattab, mais ils ont préféré se limiter au niveau terminale du secondaire et ont choisi de ne pas faire d’études supérieures. «Je n’ai jamais eu de mauvais échos sur leur éducation ou leur comportement. Ils étaient aimés par notre entourage, tout le quartier les aime et témoigne de leur bonne conduite», confie M. Zikara.

Très attachés à leur quartier, les deux jeunes n’ont pas pu déménager avec leurs parents dans leur nouvelle maison. «On a déménagé il n’y a pas longtemps dans notre nouvel appartement AADL. On a eu les clés il y a quelques mois, mais les garçons n’ont pas voulu venir. Ils ont préféré rester à Meissonnier, dans notre F2», témoigne la maman.

Des frères pas ordinaires

Au vu des informations sur leur jeunesse, on comprend vite que Younès et Hicham ne sont pas des frères ordinaires. Malgré les deux ans qui les séparent, ils étaient très proches et complices. «Mes enfants étaient proches l’un de l’autre malgré les deux années d’écart entre eux.

Ils ont grandi ensemble, ils travaillent ensemble, sortent ensemble, s’habillent de la même façon, ont les mêmes amis et font les mêmes choix… d’ailleurs, on les prenait souvent pour des jumeaux», confie leur maman. Si leurs choix étaient d’ordinaire les mêmes, ça n’a pas été le cas pour la harga. «Younès voulait se marier, fonder une famille et rester auprès de nous… C’est une personne très sensible à l’esprit de famille.

Il aime beaucoup son pays, il n’a jamais pensé à le quitter.»Si Younès a pris le large ce 8 novembre, c’est pour protéger son petit frère et les jeunes du quartier qui sont partis avec eux. «Les rescapés du canot m’ont avoué qu’une fois sur le territoire français, Younès comptait se présenter au poste police le plus proche pour rentrer au pays. Il est parti juste pour accompagner son frère et s’assurer qu’il arriverait sain et sauf…

C’est un garçon très sensible et gentil», raconte un ami intime de Younès. A la base, c’est Hicham qui voulait à tout prix quitter l’Algérie. Il y a quelques mois déjà, le jeune homme voulait tenter d’atteindre l’Europe via la Turquie. Son plan : prendre un billet vers la Turquie, passer la frontière vers la Grèce qui a la plus grande frontière de l’Union européenne.

Il avait tout organisé tout seul, sans informer ses parents. «Je suis descendue à Meissonnier pour les voir un matin, et Hicham m’a lancé : ‘‘Mama, j’ai pris un billet, je pars aujourd’hui à 19h’’. Je ne m’attendais pas à ça, il m’a surpris… Il m’a ensuite dit qu’il lui fallait de l’argent pour payer un homme qui les aiderait à passer la frontière de la Grèce.

Se retrouvant dans une impasse, on lui a donné une somme qu’on avait mise de côté son père et moi.»Apeurée par le parcours dangereux que son fils songeait de prendre, M. Zikara a tenté à maintes reprises de dissuader Hicham, jusqu’au jour de son départ.

«Il devait partir avec trois amis. Je n’étais pas contente de sa décision, j’avais peur et il l’avait très bien compris. A la dernière minute avant embarquement, il a décidé de renoncer et est rentré à la maison», raconte Madame Zikara, qui se souvient qu’il lui avait dit : «Je ne pouvais pas te savoir pas bien et partir et te laisser. Je ne veux pas que tu sois triste à cause de moi.» Mais la réticence du jeune homme n’a pas duré longtemps.

Car quelques semaines après, influencé par des amis du quartier installés en Europe et un jeune Annabi qui lui a proposé un marché, le jeune pense à traverser la mer sur une barque ! L’idée de la harga a commencé à s’installer chez Hicham quand il a reçu les messages de ses amis : «On est très bien, on a une belle vie, rien ne nous manque, venez et vous ne manquerez de rien…»

C’est ce qu’on lui promettait. Puis, un autre facteur a accentué l’influence. La maman raconte : «Un ami à eux, Zaki, est venu de Annaba et a passé environ un mois avec eux à Meissonnier. A ce que je sache, c’est lui qui leur a présenté quelqu’un qui organise des harga à partir d’El Kala.»

Téléphone muet

M. Zikara n’était bien évidemment pas au courant du projet de ses enfants. Ce mercredi 7, elle les appelé plusieurs fois. Tout allait bien. Pour elle, ils étaient chez eux à Meissonnier. Le lendemain, dès 10h, les appels ne passaient plus. «J’ai passé toute la journée à les chercher et demander après eux. Vers 14h, j’ai appelé leur ami intime Youcef pour me renseigner, il m’a dit que les enfants étaient en mer depuis 13 heures déjà…

Je ne savais plus quoi faire, mis à part de prier pour qu’il ne leur arrive rien», se souvient la maman éplorée. Quelques heures après, on l’appelle pour lui dire qu’ils sont biens arrivés, qu’il faut se connecter sur Facebook et attendre leur appel. Fausse alerte, quelques minutes après il s’avère que ce n’était pas leur barque. Meme chose vers 3h : un signal a été capté d’une barque en panne d’essence à 15 km de la Sardaigne.

Ce n’était pas la leur, mais probablement celle du groupe qui aurait attaqué le canot de Younès et Hicham. «On m’a raconté qu’une fois au large, une autre barque s’est approchée et un certain Annabi dénommé Daïdou les attaqués avec une épée. Parait-il, Younes a essayé de le repousser avec un fumigène.

Quand le feu s’est éteint, il aurait dit à ses amis de rejoindre l’autre barque le temps qu’il repousse l’agresseur. Il s’est sacrifié pour les autres, il a toujours été comme ça», ajoute M. Zikara. «Je ne sais plus qui ni quoi croire. Il y en a qui m’ont dit qu’il a été blessé, d’autres qu’il est tombé de la barque… Je n’ai aucune information sûre, je laisse mon destin à Dieu je n’ai que lui», lance M. Zikara, qui fond en larmes.

Livrée à elle-même, la famille Zikara a depuis ce jour frappé toutes les portes pour avoir une éventuelle information sur le sort de ses deux enfants. «Je ne les ai même pas vus, je n’ai pas eu le temps de les prendre dans mes bras, je n’ai pas pu les embrasser… Ma foi en Dieu est grande, s’ils sont vivants j’espère qu’il me les rendra, s’ils sont morts, je suis consciente que c’est le destin et que Dieu a voulu ainsi», pleure madame Zikara. Mais le pire, c’est qu’elle n’est pas la seule.

Plusieurs mamans pleurent leurs enfants et attendent de leurs nouvelles. Rien que depuis le début novembre, plusieurs villes ont été bouleversées par le phénomène harga. Des jeunes à la fleur d’âge prennent les barques pour «fuir» leur pays, laissant des familles affligées. Pour finir dans des centres de détention européens, en prison ou parfois comme nourriture des poissons…

Handicapé

A Bab El Oued, Nacéra Kherza n’a aucune nouvelle de son fils Kamel, 19 ans, depuis le 22 novembre. Il a pris le large depuis Annaba, vendredi 23. «Kamel s’est fait percuter par une voiture. Il était en convalescence, je n’aurais jamais pensé qu’il songeait de partir de cette façon, malgré le fait qu’il lui est arrivé d’exprimer sa volonté de quitter le pays»,explique Nacéra. En effet, le jeune homme, attardé mental et titulaire d’une carte de handicapé, en avait marre de sa situation. Toute sa vie, il n’a eu aucune prise en charge adéquate à son cas.

Pour aller à l’école, il devait se déplacer chaque jour de Bab El Oued à Ben Aknoun, par manque de classe intégrée. Ce qui ne l’a pas encouragé à aller de l’avant dans ses études. Il n’a fait que les quatre années du palier primaire. Ce 22 novembre, Kamel est sorti acheter du café.

Du moins, c’est ce qu’il a dit à sa mère. Car une fois dehors, un autre programme l’attendait. «Il m’a appelée pour me dire qu’il allait passer la nuit chez un ami à lui. Il n’arrêtait pas de me dire ne t’inquiète pas yema, il ne m’arrivera rien… Il me disait de prendre soin de moi et je la maison. Au bout du fil, je riais, je ne savais pas que c’était peut-être la dernière fois que je parlais à mon enfant», se rappelle-t-elle, les larmes aux yeux. Kamel savait très bien que le chemin qu’il s’apprêtait à prendre n’était pas facile.

Même programme que les frères Zikara, avec un groupe de jeunes du quartier, il a pris la route vers Annaba, pour ensuite prendre la mer vers l’Italie. «Je n’étais pas tranquille ce jour-là. Kamel n’avais pas pris ses médicaments, je m’inquiétais beaucoup, surtout depuis l’accident qu’il a eu», explique Nacéra. Et de continuer : «On est resté sans nouvelles jusqu’au lendemain. Kamel n’avait pas de téléphone, c’est sur le portable de son ami qu’on a essayé de le joindre, mais rien, ça ne passait pas.»

Deuil

Plus de 24 heures passent. Samedi vers 2h, le frère aîné a reçu un appel. «Kamel a tenté une harga depuis Annaba, mais leur barque s’est renversée en mer.» A l’aube, par peur de sa réaction, on a dit à Nacéra que Kamel avait été à Annaba avec son ami pour acheter de la marchandise et qu’il a été arrêté par la police.

«Mon fils est tout de suite parti à Annaba. Je n’ai pas pu rester à la maison à attendre, j’ai pris les papiers de Kamel, sa carte de handicapé, et je l’ai suivi. Je me suis retrouvée seule à rôder dans cette ville où je ne connaissais personne. Je ne savais pas quoi faire ni où aller, je suis donc rentrée sur Alger.

C’est là que j’ai eu la vraie version. Que mon fils de 19 ans a pris un canot pour quitter le pays !» Le lendemain, deux des compagnons de Kamel rentrent chez eux. Ils expliquent à M. Kherza qu’en effet, le canot s’est renversé et qu’ils ont pu regagner la terre, contrairement aux autres dont ils ignorent le sort. Selon ces derniers, le nombre des personnes disparues est de sept. Jusqu’à aujourd’hui, Nacéra Kherza n’a pas eu de nouvelle de son fils. Elle ne sais pas s’il est mort ou vivant.

Un jour sur deux, elle se rend aux services de la marine de la pêcherie, afin de relancer les recherches et dans l’espoir d’avoir du nouveau. «J’ai foi en Dieu, je veux avoir des nouvelles de mon fils… S’il est mort, je veux au moins avoir ses vêtements pour calmer mon chagrin… (Pleurs) Mais rien n’a été rejeté par la mer, il n’a non plus été confirmé que leur barque a coulé… Rien, nous n’avons aucune information capable de nous aider à passer cette peine. Nous sommes livrés à nous-mêmes… Seul Dieu connaît le secret de ce qui lui est arrivé», déplore Nacéra.

Selon cette dernière, Kamel a à plusieurs reprises dit qu’il voulait quitter le pays. Mais la goutte qui a fait déborder le vase, est «la suppression du marché des Trois Horloges et du marché de dlala de Bab El Oued». En effet, le jeune homme se débrouillait bien dans le commerce. Avec son frère, ils achetaient des survêtements et des baskets pour les revendre sur le marché de dlala (marché informel). «Il ne trouvait plus quoi faire depuis.

En plus, il a toujours été victime des forces de l’ordre. On lui a saisi sa marchandise à plusieurs reprises, pris au commissariat de nombreuses fois… Avec sa fragilité mentale, Kamel prenait ça comme une sorte d’acharnement», explique Madame Kherza. Pendant que ces mamans, et plusieurs autres, sont en attente de nouvelles – bonnes ou mauvaises – de leurs enfants, l’Algérie continue de voir partir ses jeunes. 

Elle a dit : Les harraga peuvent être partagés en 3 catégories

1 – Ceux qui sont désespérés de voir leur vie leur échapper et qui décident de partir quel que soit le risque et «tant pis si je meurs, takoulni houta oua ma takoulniche douda» dans le sens où il vaut mieux être mangé par les poissons au vrai sens du mot que de pourrir dans une vie qui n’a pas de sens.

2 – Ceux qui sont dans le rêve et du coup n’évaluent pas le risque, «mourir en mer ça n’arrive qu’aux autres». On se prépare bien, il n’y a pas de risque. Dans ce cas il y a un déni du risque et de la mort. Le harrag se projette et se voit déjà ailleurs, mais c’est le désir de vivre qui est le plus fort. Il ne cherche pas à mourir, mais il meurt en prenant trop de risques.

3 – Ceux qui considèrent que la vie dans leur pays n’est pas intéressante. «Ma mentalité, ma philosophie de vie est faite pour là-bas et non ici…»C’est le cas de Karim qui a essayé neuf ou dix fois. Il a un magasin, de l’argent, une villa, sa famille est aisée. Son rêve est d’être «là-bas». Un de ses copains harrag et a réussi à avoir ses papiers et il a vécu ce fait comme un échec personnel et n’a de cesse de recommencer…

Ce qu’il faut comprendre, c’est que la harga ne date pas d’hier, elle a été exacerbée par le visa. Avant, dans les années 1970-1980, on parlait «d’embarquement clandestin», on trouvait des ados cachés sous des cordages, dans des bateaux… Ils savent qu’ils risquent de mourir, mais écartent l’idée et se disent que «ça vaut la peine, si je réussis, j’aurais la belle vie».

C’est également un phénomène mondial : il y a bien sûr la misère financière et matérielle, mais il y a aussi l’esprit d’aventure de la jeunesse, ensuite l’attirance des pays riches qui miroitent, paraissent sans problème et incarnent l’esprit de réussite, de brillant, de vie… Il faut rappeler pour les pays musulmans la crise globale : économique, sociale, culturelle.

Le manque de perspectives et le poids des coutumes et du religieux qui pèsent de tout leur poids sur la vie des musulmans et obligent les jeunes à l’hypocrisie et au mensonge, alors ces jeunes veulent être ailleurs, vivre leur vie, gagner assez d’argent pour vivre décemment. Ils pensent que lorsqu’on gagne 1200 euros on a la belle vie.

Ce n’est bien sûr que des rêves puisque la plupart des harraga restent des années dans la clandestinité, dans la misère matérielle et affective. Il y a eu un documentaire fait par une jeune scénariste sur les clandestins en France, malheureusement, il n’a pas été suffisamment exploité pour montrer aux jeunes que est la vie misérable d’un clandestin en Europe…

Professeur Badra Mouatassem Mimouni. Directrice de recherche au Crasc et enseignante au département de psychologie de l’université d’Oran.


Auteur

Nordine.B

Propriétaire du site www.actu-algerie.com

21 Dec 2018 à 14:01

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Source : www.elwatan.com


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Dans le dossier Société
Mon pays, c'est Aït-Hichem
D’ailleurs, si le tapis de Aït-Hichem est connu et reconnu, c’est surtout grâce à l’énergie et à la ténacité de celle que tout le monde appelait Nana Taous.Les amitiés sont parfois électives, parfois nécessaires, mais leurs voies sont souvent mystérieuses.  Elles nous permettent de nous connaître à travers cet autre, un moment étranger, et qui, par la magie de l’amitié, devient, ou détient, une part de nous-mêmes, la meilleure sans doute.  Elles nous mènent là où même notre imagination n’oserait s’aventurer. Seule l’amitié unit les contraires : l’eau et le feu, le rouge et le noir, le catéchumène et l’énergumène .Lorsque mon ami Saïd m’appelle, je pense toujours que c’est  pour une virée en Kabylie. C’est grâce à lui que j’ai découvert de façon plus profonde cette région emblématique. Son village natal est devenu mon village d’adoption. Je m’y sens de plus en plus chez moi, plus les lieux me deviennent familiers.#Aït-#Hichem est perché à plus de mille mètres d’altitude. Là-haut, c’est air pur assuré et panorama splendide. Quand, en plus, vous arrivez d’Alger, le bonheur est absolu. Juste après #Tizi-#Ouzou commence l’ascension : route en lacets jusqu’à destination. Les routes sont bonnes et les paysages apaisants.Trois itinéraires s’offrent à nous : celui qui passe par Larba Nath Iraten , puis Aïn-el-Hammam, est le plus connu. La nouvelle grande rocade qui relie Tizi-Ouzou à Yakouren nous en offre deux autres :  par Mekla qui a souvent notre faveur ou par Azazga quand nous prenons notre temps. Aït-Hichem est un véritable carrefour et sa rue commerçante de Sebt y gagne en animation et en activité.Le village est connu pour son tapis et chaque année une grande fête lui est consacrée. Le tapis aux losanges jouit d’une certaine notoriété et les tisseuses sont réputées aussi bien pour leur art que pour leur caractère bien trempé. Mais d’après ce que je sais et ce que j’ai vu, toutes les femmes de là-haut ont du caractère. D’ailleurs, si le tapis de Aït-Hichem est connu et reconnu, c’est surtout grâce à l’énergie et à la ténacité de celle que tout le monde appelait Nana Taous. C’est elle qui a donné au tapis d’ Aït-Hichem ses lettres de noblesse, surtout en tant qu’enseignante en tapisserie.C’est en 1892 qu’est construite la première école laïque  pour jeunes filles, consacrée à l’enseignement du tissage. C’est la plus ancienne école de filles de Kabylie.La coexistence paisible de la tradition et de la modernité se remarque quotidiennement dans les rues commerçantes  d’Aït-Hichem et de Aïn-el-Hammam  : femmes en tenue kabyle traditionnelle et jeunes filles habillées selon les dernières modes européennes, le tout dans une grande sérénité.A Aïn-el-Hammam, on se surprend à vouloir acheter sans raison tant les vendeurs vous témoignent du respect, dans la convivialité. Ils ne sont pas avares en formules de politesse et gestes bienveillants. L’acte d’acheter ou pas se fait sans contrainte. C’est vraiment “le doux commerce” cher à Montaigne, la relation pacifique et de coopération.L’hiver à Aït-Hichem est rude et il neige en abondance. Mais l’arrivée du gaz a rendu la vie de la population  plus facile et les visites des “expatriés” plus courantes en cette saison.C’est à Aïn-el-Hammam par contre que nous avons nos habitudes de restauration. Aïn-el-Hammam que nous rejoignons par un chemin très agréable, désormais goudronné, et que nous appelons entre nous “le chemin des cèdres” parce que ce fût une découverte pour nous de voir tous ces arbres merveilleux et en si grand nombre. On déjeune presque toujours  “Au bon vivant” : on y mange bien et l’accueil très sympathique. En fait, tous les visages redoublent de sympathie envers moi quand mon ami Saïd raconte, comme à son habitude et à qui veut l’entendre, dans un kabyle gothique dont je ne comprends pas un traitre mot, que je représente un de ces Arabes colonisateurs, venu du fond de l’Arabie pour occuper nos terres.Aït-Hichem, c’est en réalité l’union indéfectible entre Aït le Berbère et Hichem l’Arabe, du moins si l’on se fie à son prénom. Ils sont montés si haut juste pour célébrer leur union, prenant Dieu et la nature pour témoins.  Et n’en déplaise aux idéologues de tous bords, ils sont là depuis longtemps et pour longtemps. Ils se rient de nos querelles éphémères ou stériles. Ils se réjouissent de nos rencontres et de nos débats, toujours passionnés, parfois tumultueux, mais jamais insincères.Mais le régime politique algérien a verrouillé les choses dès l’indépendance, avec le fameux discours de Ben Bella qui a laissé sur la touche une grande partie de la population, la plus authentique, mais aussi beaucoup d’autres minorités. Un tel discours ne peut bien sûr que susciter une surenchère de la part de ceux qui se sont considérés comme ostracisésIl ne peut y avoir de frontière entre berbères et arabes, car selon la lettre de Kateb Yacine à Gabriel Audisio ”...le dialecte kabyle s’est sensiblement “arabisé” avec le temps, tandis que l’arabe se “berberisait”.Cette interaction a donné l’arabe algérien, appelé coquettement par certains la “daridja”, dont la consonance ne fait pas du tout derja.Kateb Yacine  conclut ainsi sa lettre  : “Mais ce qui est vrai, c’est que Berbère et Arabes sont définitivement mêlés en Algérie, depuis quatre siècles au moins”.Depuis, notre connaissance historique a progressé. Nous savons que dans sa très grande majorité, l’Algérie est peuplée de Berbères et que l’évolution linguistique se diversifiait selon la proximité des villes, plus ouvertes à l’influence de la langue arabe. En sillonnant la Kabylie, on comprend mieux comment la tradition, les coutumes et la langue ont été préservées.La Kabylie apparaît avant tout comme une constellation de villages, abstraction faite des agglomérations administratives et commerçantes créées principalement depuis l’indépendance. Le village est le creuset de la culture ancestrale, où prédominent les relations agnatiques, c’est-à-dire la parenté par les mâles, garante de la transmission héréditaire de la propriété de la terre et rempart contre l’étranger au village.Au fait, comment appelle-t-on les habitants d’Aït-Hichem ?
12 Dec 2018 à 21:37
«Ces moyens sont aussi dangereux que les armes de destruction»
Réagissant aux discours haineux qui incitent à la violence, véhiculés par certaines chaînes de télévision privées et les réseaux sociaux, le HCI (Haut conseil islamique) a qualifié ces supports médiatiques «d’aussi dangereux que les armes de destruction» parce que devenus «un moyen de diffusion de la haine, de la violence et de la division». Il exhorte les autorités à prendre «des mesures urgentes contre ce danger».Dans une déclaration virulente, le HCI (Haut conseil islamique), a alerté jeudi dernier sur «le danger imminent de convoitise pour le gain rapide et l’amour de la vengeance (…) qui engendre toute forme de violence, d’extrémisme et de haine, porte atteinte à l’image de notre société et cause l’éclatement de la famille».Sous le titre : «Pour une presse objectif et des réseaux sociaux sains», la déclaration est en réalité la conclusion à laquelle sont arrivés les membres du conseil, lors de leur réunion tenue mercredi dernier et consacrée au discours médiatique de certaines chaînes de télévision privées et des messages violents diffusés sur les réseaux sociaux, qui font l’apologie de la violence, de la haine et de la division.Pour cette haute instance de consultation, «ces moyens» médiatiques «sont aussi dangereux que ces armes modernes de destruction, qu’il ne faut jamais laisser entre les mains de ceux qui sont indifférents à l’égard de la vie des gens, de leurs valeurs, de leur honneur et de la stabilité de notre société».De ce fait, le  HCI, note avoir constaté «une déviation caractérisée dans l’utilisation de la technologie»  devenue, selon lui, «un moyen de diffusion de la haine, de la violence et de la division».Tout en rappelant que le rôle des médias est de «faire en sorte d’influer pour éviter toute agression contre l’autre», le HCI trouve que «la sous-estimation du danger de ces moyens, l’absence de réglementation, de régulation, d’orientation et d’une charte d’éthique ont porté atteinte à la mission médiatique d’éducation et de service public, qui se trouve ainsi transformée en outil plus néfaste qu’utile et en titres de vulgarité et de déviation qui diffusent une matière attentatoire aux valeurs de notre société».Devant une telle situation, le Haut conseil islamique a exhorté les responsables «à tous les niveaux» à «prévenir contre les dangers qui commencent à apparaître sur certains moyens de communication, parmi lesquels les réseaux sociaux et à prendre les mesures urgentes et nécessaires afin de protéger la liberté de la presse et de garantir la réussite des programmes religieux enseignés par les hommes de culte modéré».Lue à la fin d’un débat, organisé à Alger, et consacrée au «discours de haine, d’extrémisme et de violence dans les médias et les réseaux sociaux»,  cette déclaration reflète en fait «la lourde inquiétude» des membres de cette institution de consultation face à ce phénomène, mais aussi de l’ensemble des participants à cette journée-débat, qui étaient unanimes à pointer du doigt le «silence» de  l’ARAV (Autorité de régulation de l’audio-visuel) devant ce qu’ils ont qualifié de graves dérives.Pour Boumediene Bouzid, membre du HCI, «la violence et l’incitation à la violence se sont amplifiées à travers certaines chaînes de télévision, mais surtout sur les réseaux sociaux à tel point où certains utilisent des symboles de l’Etat, des casquettes de militaires, policiers ou gendarmes, comme image de profil, pour lancer des attaques personnelles contre les gens.Nous avons vu durant ce Ramadhan des émissions de télévision qui incitent à la violence et à la haine. Certaines ont failli créer des incidents diplomatiques entre l’Algérie et des pays étrangers. Nous ne sommes pas en train d’appeler à la censure, mais nous devons tous avoir une charte d’éthique qui nous rappelle que nos droits s’arrêtent là où commencent ceux des autres (…).L’#Algérie respecte les libertés de culte, mais les lieux où s’exercent ces libertés doivent avoir une charte déontologique, y compris pour la mosquée. Il en est de même pour les médias. Il est inacceptable qu’un responsable d’un pays étranger fasse des prêches religieux sur une chaîne de télévision algérienne. Il y a nécessité de réguler les espaces médiatiques et de les encadrer».Abondant dans le même sens, le professeur Laid Zoghlami, de l’université d’Alger, pointe du doigt l’ARAV qui, pour lui, «a une grande responsabilité dans l’anarchie médiatique». «Nous avons tous vu cette violence véhiculée par certains programmes de chaînes de télévision, comme ces émissions de caméras cachées dont le niveau était médiocre.»Professeur à l’université de Béjaïa, le Dr Aissa Merrah trouve que le discours médiatique qui incite à la haine et à la violence n’est en réalité que le reflet du discours social. Selon lui, «les médias ne sont en réalité que des courroies de transmission».Pour sa part, le Dr Larbi Bouaamari de l’université de Mostaganem souligne l’importance d’un code de déontologie et d’éthique et met l’accent sur le rôle de l’Autorité de régulation.Membre de la Ligue des imams et prêcheurs du Sahel, Kamel Chekat plaide pour l’approfondissement des connaissances religieuses, car dit-il, «plus on a le savoir plus nos arguments se renforcent. Nous savons tous que les insultes et les discours haineux sont utilisés à défaut d’argument».Rédacteur en chef à la chaîne de télévision Ennahar, Mohamed Osmani explique qu’il «est important de revenir en arrière vers les années 1990 pour comprendre comment avec des discours de haine et surtout d’incitation à la violence, des Algériens ont fini par accepter qu’un policier ou un militaire soit déclaré ‘‘taghout’’ (apostat), qu’il faut tuer et  à être convaincus qu’il ne faille pas se lever devant le drapeau ou l’hymne national.L’incitation à la violence est plus grave surtout lorsqu’elle vise la catégorie des ignorants faciles à manipuler». Le journaliste insiste sur l’idéologie de laquelle se nourrit l’extrémisme religieux et qui, note-t-il, est à l’origine de la haine de l’autre.Il cite comme exemple l’appel à l’agression des femmes à l’acide, avant de conclure que l’incitation à la violence peut être pire que l’appel à cette même violence. D’autres intervenants ont mis l’accent sur la «nécessité de réguler l’espace médiatique» pour «éviter tout discours de rejet de l’autre, de violence, ou d’incitation à la haine». 
25 Juin 2018 à 23:53
Plus que la religion, les hommes sont le frein à l’égalité dans l’héritage en Algérie
"Lorsque j’ai décidé de céder mes parts de l’héritage à mes soeurs et à ma mère, je l’ai fait en accord total avec ma religion”.C’est ainsi que Walid, 50 ans, un Algérien musulman qui se considère comme “profondément croyant” explique un geste que peu d’hommes en Algérie font. Partager équitablement l’héritage laissé par leurs parents avec leurs soeurs.Dans son cas, céder et non pas seulement partager équitablement, ses parts à ses soeurs et à sa mère.Et pourtant, pour Walid, c’est d’abord sa foi et l’amour qu’il éprouve pour son père qui ont motivé son geste.“Je suis profondément croyant et il ne fait pas de doute pour moi que je suis en parfaite harmonie avec ma foi: la loi sur l’héritage en Islam est une loi qui dicte que les hommes doivent soutenir les femmes, pour moi, cela veut avant tout dire un engagement moral des hommes envers les femmes”.La loi sur l’#héritage en #Algérie s’inspire, comme dans beaucoup d’autres pays musulmans, d’un verset coranique qui stipule que la part de la femme en héritage est la moitié de celle de l’homme.L’explication commune qui est donnée à ce qui s’apparente, à première vue, à quelque chose de profondément injuste est liée au contexte historique: les femmes étaient à cette époque à la charge financière totale des hommes: leurs pères, maris, frères.“Les femmes qu’on héritait devenaient subitement héritières grâce au Coran, c’est un bouleversement socio-économique énorme à cette époque”, explique la juriste et militante féministe Nadia Ait Zai, fondatrice du Centre d’Information et de Documentation sur les Droits de l’Enfant et de la Femme (CIDDEF). WIKI COMMONS Le centre fondé par Nadia Ait Zai a publié, il y a déjà quelques années, un “Plaidoyer pour une égalité de statut successoral entre homme et femme en Algérie” dans le but est, dit-elle, “d’engager le débat avant tout, pour que les gens s’habituent à ces mots: égalité devant l’héritage, qu’ils ne soient plus choqués, on ne veut surtout pas choquer les gens”.Et si le Coran avait “révolutionné la condition de la femme” à cette époque-là, en la faisant subitement passer de statut d’objet que l’on hérite à celui de sujet qui hérite, le contexte historique a évidemment complètement changé: le double des parts dans l’héritage était attribué au frère parce qu’il devait subvenir aux besoins de ses soeurs, mais aujourd’hui en Algérie, “il n’y a aucune obligation légale du frère à prendre en charge financièrement sa soeur”, rappelle Nadia Ait Zai.D’ailleurs, ce rôle, explique-t-elle encore, “est maintenant rempli par l’Etat, par le biais de la sécurité sociale: l’Etat s’est substitué au frère, car c’est l’Etat qui prend en charge une fille célibataire dans la famille”. Ce qui revient à dire que “la raison financière qui faisait que le fils héritait de deux parts n’existe plus aujourd’hui”, ajoute Ait Zai. Je suis en parfaite harmonie avec ma foi: la loi sur l’héritage en Islam est une loi qui dicte que les hommes doivent soutenir les femmes, pour moi, cela veut avant tout dire un engagement moral des hommes envers les femmesLa responsabilité financière de l’homme n’étant plus légalement engagée, il ne resterait, d’un point de vue purement religieux ou mystique, qu’une responsabilité morale. Celle-là même invoquée par Walid pour expliquer son geste “en total harmonie avec sa foi”.Interrogés sur les moyens légaux auxquels peuvent recourir les parents qui aimeraient contourner l’injustice de cette loi, des avocats, notaires et juristes ont répondu que les seuls recours sont les donations ou les ventes de biens aux héritières avant le décès.Dans la majorité des cas, ceux qui ont recours sont, selon les juristes, des pères ou mères de familles qui n’ont enfanté que des filles et qui vivent dans la terreur de “voir arriver des cousins lointains, des oncles voraces, piller le travail de toute une vie et spolier celles qui devraient être leurs justes héritières: leurs filles”.Mais combien sont-ils les hommes qui, à l’heure de la fréda, demandent au notaire de faire des arrangements pour que leurs soeurs aient une part d’héritage égale à la leur? Le sujet est tellement sensible ou tabou que, y compris les experts qui nous ont répondu, ont préféré le faire sans être nommés:“Lorsque le moment de l’argent sonne, tout le monde veut ses deux parts, y compris les hommes qui se considèrent comme des progressistes”, explique Anissa, une avocate spécialisée dans les questions d’héritage au barreau d’Alger.“Tous les cas que j’ai eu personnellement à traiter ont demandé l’application stricte de la charia, même chez les pseudo-modernistes, je n’ai jamais eu de cas où on a demandé le partage égal”, insiste-t-elle. Rêvons un peu mes soeurs, d’un “mee-too” masculin algérien, où nos frères les progressistes qui peuplent la sphère virtuelle, armés de hashtags et de bonne volonté, feraient l’engagement public de partager à égalité avec leurs soeurs.Evidemment, ces cas existent aussi et des femmes charismatiques comme Sakina, militante féministe et de la défense des droits de l’homme, qui a, elle aussi, préféré que son véritable nom ne soit pas publié, racontent comment son frère lui a cédé, sans la moindre résistance un bien immobilier, “car c’était la volonté de mon père de me protéger ainsi que ma mère”.Fawzia, avocate, elle, se souvient de son frère, “plus moderniste que lui tu meurs!”, dit-elle dans un éclat de rire et d’ironie, “il est revenu en courant des Etats-Unis, il n’est pas même croyant pour un sou et alors que mon père nous a élevés comme une famille où l’équité était la règle, il est revenu demander l’application de la charia, il a pris ses deux parts et est reparti”.En attendant que la loi change, qu’attendent les hommes de bonne foi, surtout les “progressistes” parmi eux, pour faire le premier pas et partager l’héritage équitablement avec leurs soeurs?Rêvons un peu mes soeurs, d’un “mee-too” masculin algérien, où nos frères les progressistes qui peuplent la sphère virtuelle, armés de hashtags et de bonne volonté, feraient l’engagement public de partager à égalité avec leurs soeurs.
16 Juin 2018 à 18:33
J'ai des besoins spécifiques mais je produis
Trottoirs non adaptés aux fauteuils roulants, pentes non conformes aux normes internationales, transports en commun pas vraiment communs, regard «malsain» de la société, enfants «fardeaux» pour certains enseignants… El Watan Week-end raconte le calvaire des personnes à mobilité réduite dont l’#handicap est multiplié par 1000 dans une société qui ne fait rien pour les intégrer.Il est 10h30, à Bab El Oued. Un vieil homme, en face de l’hôpital Maillot, galère pour trouver un taxi qui veuille bien le conduire un peu plus bas, à R’mila plus précisément. La raison : il est non-voyant. «Je ne peux pas le prendre s’il n’est pas accompagné car c’est moi qui devrai sortir de mon véhicule pour le faire descendre», s’excuse un chauffeur. «Montez avec lui», propose-t-il.D’autres ne s’arrêtent même pas. Le vieil homme reste là, à attendre. Il est certes non-voyant, mais ressent que son problème de vue l’handicap dans sa vie quotidienne. Il demande aux passants de l’aider. Leurs tentatives sont vouées à l’échec. La scène est insoutenable. Pourtant, ce genre de scénario se produit quotidiennement.Tandis que la planète entière pleurait, il y a quelques jours, la perte du génie Stephen Hawking, le physicien théoricien atteint de la maladie de Charcot et dont l’handicap n’a pas empêché de réaliser des travaux sur l’espace, en particulier les trous noirs, et gagner le respect du monde entier, des milliers de personnes aux besoins spécifiques en #Algérie restent victimes de leur handicap, incapables de participer à la vie sociale.«On cherche à être des sujets de droits et non de compassion», martèle Atika El Mameri, présidente de la Fédération algérienne des personnes aux besoins spécifiques (FAPH). Selon elle, même si les textes de loi existent, sur le terrain, quasiment rien n’est fait. En effet, en 2002, l’Algérie se saisit de la question en promulguant une loi relative à la protection et à la promotion de la de cettre frange de la société.Trottoirs7 ans plus tard, soit en 2009, elle ratifie une convention internationale relative aux droits des personnes aux besoins spécifiques. «Ces deux textes, dans leurs contenus, prévoient des dispositions visant à lutter contre toute forme de discrimination à l’encontre des personnes aux besoins spécifiques. Ils visent à leur donner la pleine jouissance de leurs droits humains fondamentaux et leur participation active à la vie politique, économique et cultuelle», explique Atika El Mameri.Ces textes garantissent également la suppression des barrières entravant la vie quotidienne des personnes aux besoins spécifiques. En réalité, il n’en est rien. Ils sont des milliers à subir leur handicap au quotidien. «Suite à un accident de la circulation, je me suis retrouvée sur une chaise roulante. Il est vrai que j’ai eu du mal à accepter ma nouvelle situation. Puis un jour, j’ai réalisé que je suis chanceuse. Il est vrai que j’ai perdu l’usage de mes jambes, mais c’est tout.Beaucoup ont perdu la vie», raconte Noura, employée dans une entreprise de maintenance de matériel informatique. «Si j’ai d’abord paniqué juste après mon accident, c’est parce que je savais pertinemment que ma vie allait changer du tout au tout. J’avais peur de l’inconnu. Malheureusement, mes doutes se sont confirmés. Désormais, je ne peux pas me déplacer seule, les trottoirs n’étant pas adaptés. Les pentes, quand il y en a, ne sont pas aux normes. Nos rues sont des passoires», regrette-t-elle.MétroNoura se sent assistée et ne supporte plus cette situation. «J’ai beau me motiver, il suffit que je mette le nez dehors pour que toute ma motivation retombe d’un coup. Je dépends de mon mari pour aller travailler. Les bus ne sont pas équipés d’un plan incliné. Idem pour le métro. Je ne l’ai d’ailleurs jamais pris. Dans les stations, on ne retrouve que des escaliers ou des escalators, non adaptés aux fauteuils», raconte-t-elle. «En me baladant, en voiture, je me rends compte qu’on n’a pas pensé à nous. Rien n’est fait pour nous faciliter la vie quotidienne, bien au contraire. On n’est pas à l’abris d’un accident», conclut-elle.Des péripéties dans les transports en commun, Abdelkrim en a eu beaucoup. Il raconte qu’il y a deux mois de cela, alors qu’il se trouvait dans le tramway à destination de Cinq Maisons, trois jeunes se trouvant à sa droite), ne cessaient, tour à tour, de lui donner de petits coups de coude sans qu’il se doute de quoi que ce soit car il pensait que c’était des soubresauts dus à la conduite du conducteur de tramway qui en été responsable. «Donc je me suis abstenu de faire une quelconque remarque, même si cela commençait à m’ennuyer.Quelques minutes plus tard, j’ai ressenti un choc sur la roue droite de mon fauteuil. Quand j’ai cherché à savoir la raison de ce choc, l’un d’eux m’a dit que c’était son ami qui avait involontairement cogné la roue de son pied. Après cet incident, ils ont recommencé et frappé la roue sans que je proteste cette fois-ci», se souvient-il.BusQuelques temps plus tard, à l’arrêt de bus situé sous le pont à Bab Ezzouar menant à Rouiba. Il était 14h quand Abdelkrim a demandé au receveur du bus s’il pouvait monter. Ce dernier lui répondit que s’il voulait monter, il devait rester debout car il n’y avait plus de place assise disponible. «Quelques jours plus tard, ce fut un responsable de la Setram qui, dès mon entrée dans le tram, m’a ordonné de sortir et d’aller dans le tram qui se trouvait à côté, car il n’y avait plus de place.Je lui ai répondu qu’il n’avait pas à me dicter quel tram je devais prendre», confie-t-il. Afin de palier cet obstacle, la Fédération algérienne des personnes aux besoins spécifiques propose des cours de conduite pour les personnes à mobilité réduite. «C’est suite à la demande grandissante des concernés que nous avons décidé de leur donner des cours de conduite pour obtenir le permis», explique Atika El Mameri.«Ce n’est pas sorcier. Il suffit juste d’une voiture aménagée», affirme-t-elle. Si la libre circulation est compliquée pour les personnes à mobilité réduite, leur clavaire ne s’arrête pas là. A l’école, beaucoup d’enfants sont mis à l’écart à cause de leur handicap. A l’image de Mohamed, un petit garçon de 11 ans. Scolarisé dans une école primaire, il rentre très souvent à la maison en ayant une marque rouge sur le front.ÉcoleIntriguée, sa mère lui demande l’origine de la marque. Le petit lui avoue que sa maîtresse lui répète chaque jour : «Toi, tu es malade. Pose la tête sur la table et dors.» Sa maman tombe des nues. Un autre petit, âgé de 12 ans, raconte à son entourage : «Pendant que mes camarades passent leur examen, mon enseignante vient me fixer.Elle me regarde comme si j’étais une bête de foire.» Même si la réaction de ces enseignantes n’est en aucun cas justifiable, Atika El Mameri incombe la responsabilité à l’absence d’un service d’accompagnement à l’éducation. Ce service est normalement constitué d’une équipe pluridisciplinaire.Elle explique : «Une telle équipe sera en charge de faire un diagnostic puis un plan d’intervention individuel pour chaque enfant afin qu’il soit mieux intégré et pris en charge en classe.» Selon elle, il faut contourner l’handicap par des moyens techniques et humains afin d’assurer l’égalité des chances à tous. «D’ailleurs, la décision, si elle s’avère vraie, de dispenser certains enfants de l’examen de 5e à cause de leur handicap n’a pas été correctement étudiée», avoue-t-elle.En effet, certains enfants seraient dispensés, selon une circulaire du ministère de l’Education nationale, de l’examen de fin de cycle primaire s’ils ont obtenu une moyenne de 5 sur 10 durant l’année scolaire. «Si la ministre a cru bien faire en prenant une telle décision, elle se trompe complètement», confie Nadia, la maman d’une petite trisomique.Poudre aux yeux«C’est ce genre de décision qui nous laisse penser que nos enfants sont marginalisés et même rejetés. Si certains ont un handicap physique, cela ne veut pas dire qu’ils ont une déficience mentale», se désole-t-elle. Des exemples similaires, il y en a beaucoup. Face au désarroi des personnes à mobilité réduite, «rien n’est concrètement fait», assure Atika.Et pour discuter de la situation réelle des personnes aux besoins spécifiques, l’Algérie se fera examinée, le 28 et 29 août à Genève, en Suisse, par le Comité des droits des personnes aux besoins spécifiques. Dans les conclusions de son rapport, l’Algérie dit «confirmer sa volonté de participer activement au développement du système international de promotion et de protection des droits des personnes aux besoins spécifiques».Dans les mêmes conclusions, elle assure la mise en œuvre de ces dispositions par l’harmonisation de sa législation interne et de sa mise en conformité avec la Convention tout en accompagnant cette adaptation de l’arsenal législatif et réglementaire par des actions et réalisations sur le terrain, tant au plan de la promotion que de celui de la protection. Reste à savoir si le Comité sera convaincu par ces affirmations… ou pas ! En tout cas, de l’avis des personnes concernées, «cela n’est que poudre aux yeux».
06 Avril 2018 à 11:19
Crimes sans châtiments
CAUSE ANIMALE - Dans un pays où la pauvreté sévit, où des milliers de citoyens ne bénéficient pas de services médicaux ni de scolarité de qualité, où des milliers de familles vivent dans des bidonvilles insalubres ou dans des cavernes aux entrailles d’une montagne, où des personnes cherchent dans les poubelles publiques quelque chose à revendre à un prix modique, où d’autres vivent dans la rue et dorment, non pas à la belle étoile mais au ciel pluvieux et glacial, où des femmes meurent en couche dans des villages enclavés, où des nouveau-nés sont trouvés dans des poubelles publiques, où des milliers d’enfants vivent dans la rue sans protection ni scolarisation...Dans un tel pays, il serait provoquant, voire révoltant de parler d’animaux et de leurs droits. Il serait insensé de parler d’animaux, non pas de ceux qui ont la chance de coûter à leurs “propriétaires” un bon petit budget mensuel entre nourriture, toilettage et soins vétérinaires, non pas ces animaux de compagnie considérés comme des membres de la famille à part entière, mieux nourris et plus sains que des millions de citoyens, mais de ces êtres qui vivent dans nos rues, qu’on voit et qu’on ne regarde jamais, qui dégoûtent les uns et dérangent les autres, ces pauvres créatures qui naissent, vivent et meurent dans la rue souvent dans d’atroces souffrances et dans l’indifférence totale, ces pauvres animaux de la rue à la merci non seulement de la faim, la soif, les maladies, les intempéries mais aussi de la cruauté humaine.Les réactions sont toujours les mêmes chaque fois qu’on ose parler des animaux de la rue: indignation, colère, indifférence, insouciance, moquerie! Non pas à cause de ce que ces créatures subissent, mais parce qu’on estime que puisque les êtres humains souffrent et manquent des choses élémentaires pour une vie décente, il est légitime et normal que la condition de ces animaux de la rue soit ce qu’elle est.“Comment peut-on parler des souffrances des animaux de la rue dans un pays du tiers-monde?”Ce serait long de citer quelques grands penseurs et leurs réflexions sur le sujet, sur le rapport qu’entretient l’homme aux animaux. Je me contenterai d’une réflexion du grand Ghandi: “On peut juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux y sont traités.” Je me contenterai également de mon humble réponse à tous ceux qui me reprochent non seulement ma petite action sur le terrain dans ce domaine, mais même de soulever ce sujet que les uns appellent une futilité et les autres une provocation, voire une aberration: les droits sont indivisibles. Il est fort possible d’œuvrer dans notre pays pour les droits des êtres humains et ceux des animaux de la rue à la fois. La deuxième action n’annule pas la première!Pourquoi tant d’indignation envers le piétinement des droits des citoyens et tant d’indifférence envers les souffrances de ces êtres vivants doués de la même sensibilité que les êtres humains? Pourquoi tant d’indignation quand une personne âgée, un enfant ou un handicapé est maltraité, battu, violé et tant d’indifférence envers un animal sans défense qui a été victime des mêmes sévices?C’est que dans toutes les sociétés du monde, la priorité est donnée aux êtres humains, maîtres de ce monde! Quelques tenants de la philosophie morale (dont le grand Tom Reagan) rejettent complètement cette idée de priorité donnée aux êtres humains et soutiennent que c’est parce que les êtres humains sont capables d’aider les autres espèces vivantes sur terre qu’ils doivent les protéger et non les exploiter et les torturer. Human Rights doit inclure Animals Rights, disent-ils.Une autre réaction consiste, dans les pays du tiers-monde, à accuser d’opulence, de manque affectif et d’oisiveté ceux qui se préoccupent des souffrances de ces créatures: seules les personnes riches et aisées se préoccupent des animaux de la rue et de leur sort, disent quelques-uns!Qu’ils se détrompent! Nombreuses sont les personnes démunies qui signalent un chat ou un chien heurté par une voiture, maltraité ou torturé! Nombreuses sont les personnes démunies qui vont aux abattoirs chercher têtes, pattes ou carcasses de poulets pour les distribuer aux animaux de la rue. Nombreuses sont les personnes démunies qui déposent à l’intention des animaux de la rue des fonds de bidons remplis d’eau fraîche. Nombreux sont les étudiants désargentés qui volent au secours d’animaux de la rue en grande souffrance. Nombreux sont les chiffonniers qui cherchent dans les poubelles publiques des restes de nourriture qu’ils donnent aux chats et chiens de la rue... J’ai vu de mes propres yeux un jeune homme et sa mère, tous deux très pauvrement habillés, amener leur chat malade chez un vétérinaire, déposer à la secrétaire la carte d’identité et un bracelet en argent comme garantie pour que le vétérinaire accepte de présenter les soins nécessaires à leur chat heurté par un véhicule! Bref, pour illustrer ce qu’endurent les animaux de la rue dans notre pays, j’évoquerai d’abord la politique que l’état adopte à leur égard. Cette politique se résume en quatre points:- Appâts empoisonnés à la strychnine (la mort dans d’inimaginables souffrances)- Tir au fusil et ramassage des animaux encore agonisants (pratique courante dans toutes les communes urbaines et rurales du royaume). Massacres de chiennes allaitantes avec ou sans leurs chiots- Noyade par un tuyau d’arrosage dans les narines (on se souvient de l’horrible vidéo prise dans la fourrière de Rabat)- Emprisonnement aux fourrières dans des boxes sans eau ni nourriture pendant plusieurs jours avant exécution.Les autorités justifient ces actes de barbarie par la volonté de protéger les citoyens de la rage que ces animaux sont susceptibles de transmettre à l’homme et de réduire la prolifération des animaux vivant dans la rue. L’état des choses a montré depuis des décennies que ces pratiques horribles sont inefficaces: on en tue des centaines, il en nait d’autres centaines! Inhumanité, gaspillage de l’argent, de l’effort et vulgarisation des actes de cruauté et de la criminalité!L’expérience a montré dans de grandes villes mondiales comme Istanbul et Mexico que les campagnes de stérilisation et de vaccination des animaux de la rue revenaient beaucoup moins cher à l’Etat que les massacres au fusil ou au poison. Alors, à quand une rationalisation de la politique étatique envers ces créatures?On a appris à plusieurs reprises que les autorités marocaines ont signé des conventions et des accords avec une fondation de la protection animale française de renommée internationale pour arrêter les tueries et les massacres des animaux de la rue et pour une gestion humaine et civilisée de leur prolifération, mais comme il est de coutume chez nous, signer un accord ou une convention demeure une signature, un papier qu’on oublie une fois les signataires dispersés!Et cela ne s’arrête pas là. En plus de ces actes d’une cruauté sans pareille commis par les autorités envers ces animaux (en visionnant des vidéos, on se rend souvent compte que les êtres dits humains qui les commettent, n’ont d’humain que l’aspect physique!), ces animaux sont également l’objet de la maltraitance de la population: on peut les tuer, les torturer, les maltraiter dans l’impunité totale! J’évoquerai, à titre d’exemples, quelques cas rapportés par les réseaux sociaux et par la presse ces trois dernières années:- Mai 2015, Casablanca: un chien vivant dans la rue a été utilisé pour des actes de sorcellerie puis jeté ensanglanté et agonisant. On lui avait crevé les yeux, coupé le pénis et la langue. Une association a pris la défense du pauvre chien, a organisé une manifestation et porté plainte mais l’affaire a été vite oubliée. Il y avait bien une piste qui aurait peut-être mené aux criminels, mais elle n’avait pas été suivie et le chien qui avait été nommé Ray a succombé à ses mutilations, a été enterré et avec lui son affaire. Crime sans châtiment.- Juin 2015, Dar Bouazza: un pauvre chien endormi avait été tué froidement au moyen de grosses pierres sur la tête par un gardien, un marchand de fruit et un gamin parce qu’il avait pris l’habitude de se mettre à l’ombre près de la boutique. Crime sans châtiment.- Avril 2016, Guercif: non pas un animal vivant dans la rue, mais un animal qui avait bien un “propriétaire”. Un pauvre âne avait eu l’idée fatale de grignoter quelques fleurs près d’une administration. Pour le punir, “une âme charitable”, le soi-disant gardien, lui avait tout bonnement crevé les yeux et son soi-disant maître n’avait même pas porté plainte! On peut facilement deviner le sort de ce pauvre âne aveuglé. Crime sans châtiment.- Juin 2017, Rabat: on versa de l’eau bouillante sur un chiot n’ayant pas dépassé trois mois. Secouru, il s’en sort avec une patte arrière endommagée et un handicap. Crime sans châtiment.- Août 2017, Sidi Kacem: une ânesse cette fois-ci. Elle a été violée par quinze adolescents à tour de rôle. L’incident avait suscité beaucoup de plaisanteries sans aucune compassion pour la pauvre bête! On devine facilement la scène, les tortures dont elle a été victime et les conditions dans lesquelles elle a été violée, le tout couronné par son abattage. On l’accusa de la rage! A-t-on jamais vu une ânesse enragée se laisser approcher et violer par quinze futurs criminels? Les criminels libres et la victime abattue! Y a-t-il plus grande injustice? Crime sans châtiment- Septembre 2017, Meknès: une pauvre chienne de la rue inoffensive, vivant depuis des années au quartier el Bassatine et connue de tous ses habitants, fut poignardée à mort et à différents endroits de son corps par un sans-cœur parce qu’elle avait aboyé durant la nuit. Elle meurt dans une mare de sang et de terribles gémissements! L’assassin était identifié, une plainte a été déposée contre lui par un jeune homme au grand cœur, mais l’affaire fut oubliée encore une fois et il n’y eut apparemment pas de poursuite judiciaire! Crime sans châtiment.- Septembre 2017, Meknès: on ficela la gueule d’un pauvre chien avec une corde qu’on serra très fort et on le lâcha après! Il aurait pu mourir de faim, de soif et d’infection dans une lente agonie s’il n’avait pas été secouru par de braves bénévoles qui ont passé des nuits blanches à le chercher pour lui enlever la corde meurtrière qui avait entaillé toute la peau de son museau. Crime sans châtiment!- Septembre 2017, Tanger: une pauvre chienne vivant dans un marché fut tailladée au couteau au niveau de son visage. Elle fut secourue par un monsieur qui l’emmena chez un vétérinaire et il n’y avait pas eu non plus de poursuites judiciaires alors que l’agresseur a été identifié. Crime sans châtiment.- Décembre 2017, Ait Melloul: pour s’être intéressé à l’ânesse d’un être inhumain, un âne a été tailladé au couteau aux fesses. Cela n’avait pas suffi: son tortionnaire lui avait ficelé et serré le pénis avec un fil de fer. Grave infection du pénis et des blessures. Il serait mort dans la souffrance et l’indifférence si une dame et des bénévoles ne l’avaient pas secouru. Le tortionnaire n’a pas non plus été puni. Crime sans châtiment.- Février 2018, Rabat: une adorable chatte vivait paisiblement dans un quartier depuis des années. Un soir vers minuit, un délinquant passe une épée à la main. Il l’aperçoit, lui assène trois coups d’épée. Elle ne mourra qu’à l’aube! L’assassin a été identifié par des jeunes hommes témoins du crime, mais il n’y avait eu aucune procédure pour le poursuivre en justice. Crime sans châtiment!Ce sont quelques cas qui ont été signalés par Facebook et la presse mais il est certain que des milliers d’autres animaux sont morts dans notre pays sous la main cruelle et inhumaine des êtres dits humains sans qu’on soit au courant de leur calvaire. Torturés à mort, affamés, battus, empoisonnés, pendus, brûlés, ils meurent dans l’ignorance et l’indifférence et leurs bourreaux sont sûrs qu’ils ne seront jamais punis pour leurs crimes!C’est que les articles 601, 602 et 603 réservés aux crimes perpétrés sur un animal dans le code pénal marocain préconisent des sanctions dérisoires pour les meurtres des animaux qui ont un propriétaire et n’incluent pas ces animaux qui vivent dans la rue, sans “propriétaires, ni maîtres”.Certes, les actes de cruauté envers les animaux est un phénomène universel qui se rencontre chez tous les peuples et sous tous les cieux sans exception, mais il est à noter que dans de nombreux pays, des lois punissent les criminels qui commettent des actes de cruauté sur les animaux. C’est peut-être l’une des raisons instigatrices de cet article.Peut-on rêver et espérer qu’il y ait dans notre pays de hauts responsables, des magistrats, des juristes marocains sensibles à cette cause? Si par miracle, il y en a, alors il est grand temps qu’ils se manifestent! Qu’ils oeuvrent pour l’instauration d’une loi rigoureuse et d’articles qui punissent les bourreaux des animaux par de véritables sanctions, qu’ils fassent en sorte de changer les articles sus-mentionnés du code pénal de façon à ce que ces articles incluent les animaux vivant dans la rue.En attendant, vivons de rêves. Espérons que la prophétie de Léonard De Vinci se réalisera: “Le jour viendra où les personnes comme moi regarderont le meurtre des animaux comme ils regardent aujourd’hui le meurtre des êtres humains”.
22 Mar 2018 à 22:55
La performance "Art-Râga"
Renvoyant au terme harraga (migrants franchissant frauduleusement la mer ou les voies maritimes sur des bateaux pneumatiques), l'homophone "#art- #râga" ne se rapporte pas ici à la langue du Vanuatu, au nom vernaculaire désignant une partie des habitants de cette île, ou encore à l'envie de goûter aux fruits de l'ignorance (désir ou avidya prononcé au sein de l'hindouisme et du bouddhisme) mais à la musique classique indienne. À ce stade, il s'applique à une mélodie élaborée à partir de règles védiques bien définies, harmonisée selon des sonorités liées à la couleur, passion ou attirance, aux sentiments, saisons ou à une durée précise de la journée, comme par exemple le lever ou le coucher du soleil, temps habituellement choisi par les groupes d'harraga algériens pour s'embarquer sur des radeaux de fortune et tenter la traversée de la Méditerranée. Primordial, le moment adopté ou accommodé participe amplement à la concrétisation d'une performance bien plus périlleuse que celle accomplie par des plasticiens occidentaux généralement entourés d'une équipe médicale. C'est le cas de l'artiste contemporain Abraham Poincheval aux coups de com' souvent orchestrés par le curateur Jean de Loisy. İls relèvent d'une préparation millimétrée, d'une mise en condition organique, d'un appareillage sophistiqué lui permettant de rester plusieurs jours perché à vingt mètres du sol en haut d'une plateforme (octobre 2016, lors de la manifestation Nuit Blanche) ou de se lover (du 22 février au 1er mars 2017) au milieu d'un rocher divisé en deux parties creusées de façon à épouser sa silhouette et qui, une fois réunies, enclencheront le compte à rebours du Projet pour habiter une pierre. Le protagoniste sortira de la cavité ou trou noir sonné, voire physiquement affaibli, mais l'expérience calendaire ne consumera pas son existence, cela contrairement aux brûleurs de frontières (définition également attribuée au vocable harraga) défiant les tempêtes, l'eau glacée et, à fortiori, les hypothermies. Chacun d'entre eux aura déboursé environ 120.000 dinars pour entamer le périple de la mort. Le face à face avec celle-ci commence dès les premiers ressacs, s'agite lorsque les vagues gonflent au point de noyer le moteur. Lorsqu'il cale au milieu de l'océan, le canot dévie à mille lieues de la destination convoitée, la panique s'empare de passagers invoquant le ciel pour que Dieu vienne à leur secours et les extirpe de la galère, c'est-à-dire d'une noyade assurée. Le recours de l'ici-bas, ils le doivent parfois à un heureux hasard, hasard que les fondamentalistes musulmans, réglés sur le pendule essentialiste de la totalité pérenne, rejettent. Tout récemment, les garde-côtes des Forces navales de l'armée nationale populaire (ANP) annonçaient avoir "tiré du grand bain" 286 personnes en l'espace de seulement 48 heures, soit sur une période s'étalant du jeudi 16 au samedi 18 novembre 2017. Elles intercepteront des candidats à l'émigration clandestine de plus en plus nombreux grâce à la filière de rabatteurs et de passeurs-maffieux aux circuits mieux organisés, à un trafic aquatique en recrudescence depuis la chute gastrique du prix du baril de pétrole (désormais réduit à environ 55 dollars au lieu des 110 précédemment thésaurisés). İl arrive aussi qu'un navire civil pointe à l'horizon, remarque, à l'aide de jumelles, des hommes, femmes ou enfants à la dérive et les prend à bord. Tous gagneront alors une terre moins promise que convoitée. Creusé par la soif et le manque de nourriture, leur visage contraste avec celui joyeux de ceux qui seront arrivés à bon port sans aucune aide extérieure, auront réussi à accoster en Europe ou Amérique du Nord et ainsi gagné le challenge. Après coup, chaque fan ou client de l'exploit inonde de ses larges sourires les réseaux sociaux sur lesquels se postent les photos et vidéos de tous les jeunes baroudeurs, échange des impressions au cœur de la douzaine de pages facebook (allant de 100.000 à 500.000 vues) abondamment visitées car elles incitent d'autres téméraires à risquer l'aventure, à quitter une contrée aux multiples difficultés sociales. Scrutée avec avidité, celle intitulée "Quittes, tu n'es pas un arbre" se ramifie sur la toile en témoignages et gratifications, développe des arguments convaincants, pousse de la sorte à l'imitation, à donc chercher et trouver une vie meilleure ailleurs. Si pour l'écrivain-journaliste Tahar Djaout, il y avait "la famille qui avance et celle qui recule" (dichotomie au demeurant trop simpliste pour vraiment refléter la réalité anthropologique et sociologique du pays en question), la devenue sacro-sainte stabilité (glorifiée par l'ambassade américaine et l'Union européenne, ou dernièrement l'hebdomadaire français Le Point) a engendré "La famille qui stagne". Partie intégrante de celle-ci, les choufs (regardeurs) teneurs de murs veulent "casser le destin", capitaliser le message des "frères" appelant à rejoindre la nouvelle diaspora ou communauté des gens du voyage éclipse, nomade, intrépide et hors-la-loi. Des internautes encouragent tout autant les départs vers les rivages italiens ou espagnols, félicitent l'arrivée saine et sauve de despérados dont la bravoure remplit de fierté tel ou tel quartier d'Aïn Témouchent, Chlef, Mostaganem, Relizane, Oran ou Annaba. Les Annabies (habitants de l'ex-Bône) ont généralement comme "Cap de Bonne-Espérance" la Sardaigne. Une fois volontairement arrêtés par les guardia costiera (gardes-côtes italiens), ces maintenus à flot sans "passe-port" se griment en réfugiés syriens et obtiennent, après une semaine de détention, un document les autorisant à circuler en territoire Schengen. L'eldorado conquis, ils savourent leur chemin de croix et de protestation, cet itinéraire de la #harga parcouru en vertu d'une place à prendre au soleil étoilé de la gagne, là où la seule devise valable est : quand naviguer dans la fuite en avant de l'illicite devient une jouissance, plus aucune autre croyance ne peut rivaliser avec celle des performeurs de l'"art-ragâ".
02 Dec 2017 à 11:18

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