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CAMPAGNES CONTRE L’ORGANISATION DE FESTIVALS ET DE GALAS Culture : le retour de l’inquisition ?

Société - Sociologie - 29 Juil 2018 à 22:13

Pour le sociologue Nacer Djabi, le fait religieux, souvent présent, doit être appréhendé sous le prisme de l’absence d’un tissu associatif, d’une élite et d’acteurs modernes capables de donner un sens et un prolongement aux revendications.“Un citoyen a le droit de dire à quoi me servirait une manifestation culturelle lorsque je n'ai ni d'électricité, ni route, ni Internet, ni gaz de ville. Le #totalitarisme, la mauvaise gestion de nos gouvernants engendrent la misère, la misère engendre l'intégrisme et l'#intégrisme engendre les guerres... Quand on ferme les salles de cinéma, les théâtres, les salles de spectacle, etc., on produit une société comme la nôtre.” Comme beaucoup de personnes, le grand réalisateur Bachir Derraïs, qui doit sans doute avoir encore en mémoire la fermeture par les élus de l’ex-Front islamique du salut (#FIS), en août 1991, d’une salle de cinéma à Bordj Bou-Arréridj, au nez et à la barbe de nombreux artistes, n’a pas manqué de commenter les manifestations d’Ouargla où plusieurs centaines de citoyens ont organisé, jeudi soir, une prière de rue devant le théâtre de verdure local pour empêcher un gala musical. Même si les manifestants, visiblement en écho à un appel lancé sur les réseaux sociaux, ont brandi des slogans revendicatifs, dénonçant leur marginalisation et réclamant leur part du développement, la méthode choisie a donné lieu à une avalanche de réactions et de commentaires sur les réseaux sociaux.Entre contempteurs, laudateurs et autres critiques, l’unanimisme n’est pas au rendez-vous, notamment sur ce recours à l’ostentation religieuse — et donc à connotation idéologique —, alors qu’il existe d’autres formes de revendications. Certains ont cru y voir quelques réminiscences d’une période qu’on croyait à jamais révolue. “La misère culturelle et le désert de même nature dans lesquels nous vivons impactent le fonctionnement sain de notre société et la formation d'un citoyen conscient et capable d’appréhender les problèmes dans lesquels il vit dans le bon sens et avec lucidité. Les islamistes livrent une bataille rude et sans répit pour accaparer ce qui reste de l'espace public, et ainsi mater toute capacité d'expression et de manifestation contraires à leurs desseins et visées rétrogrades (…)”, écrit un internaute. S’il faut sans doute se garder de tirer des conclusions hâtives, il reste que le cas d’Ouargla n’est pas isolé.Il y a quelques semaines, les supporters du CS Constantine se sont opposés à l’organisation d’un gala musical que devait animer Cheb Khaled pour fêter le titre de championnat remporté par le club de la ville des Ponts suspendus. Ils ont demandé au wali de verser la totalité de la somme allouée à cette manifestation aux nécessiteux dans le cadre du “couffin du Ramadhan”.Les supporters n’ont pas fait la même requête aux joueurs qu’ils adulent et qui brassent des millions. À Boumerdès, jeudi soir, des dizaines de jeunes ont investi le quartier des “800”, en plein centre-ville, pour empêcher la tenue d’une soirée musicale au motif que certaines chansons diffusées étaient “indécentes”.Selon les comptes rendus de presse, des escarmouches ont même éclaté entre des citoyens et des membres des services de sécurité intervenus pour éviter des dérapages. Ces événements interviennent alors que le Festival du raï, dont la dixième édition est prévue début août à Sidi Bel-Abbès, est  menacé de boycott. En effet, une campagne a été lancée sur les réseaux sociaux, dénonçant “la dilapidation des deniers publics”, pour appeler les citoyens à boycotter ce rendez-vous artistique, selon les médias.Faut-il dès lors y voir les signes d’un désarroi social ou les symptômes d’un regain de l’activisme islamiste d’autant que le contexte politique, marqué par une grande opacité et une absence de vie politique, est propice à toutes sortes de manipulations ? “Il y a plusieurs niveaux d’analyse. Il ne faut pas donner trop d’importance à la forme de la contestation, mais plutôt au contenu”, nuance le sociologue Nacer Djabi, à propos de la manifestation d’Ouargla. “Depuis plusieurs années, il y a des manifestations dans plusieurs villes du Sud. La tendance est lourde. La contestation est passée des grandes villes du Nord, aux Hauts-Plateaux puis au Sud. Là où il y a une université, il y a de l’agitation, car il y a apparition d’une élite de jeunes. Il y a une transformation dans la société. Les jeunes d’aujourd’hui n’ont plus le même rapport qu’avaient leurs parents avec le pouvoir central”, observe-t-il. Pour le sociologue, le fait religieux, souvent présent, doit être appréhendé sous le prisme de l’absence d’un tissu associatif, d’une élite et d’acteurs modernes capables de donner un sens et un prolongement aux revendications. “Ils ont prié, c’est la formule la plus facile. Le fait religieux est là et l’expression politique du religieux va rester, les jeunes n’étant pas encadrés politiquement”, dit-il. Autre grille d’analyse : le vide sidéral qui caractérise la scène politique et l’absence de repères qui sont de nature à favoriser toutes sortes de manipulations. “Il y a une autre grille d’analyse : la crise du changement politique, le vide politique constituent un moment propice à la manipulation. Les mouvements sociaux non encadrés sont facilement manipulables. Et la forme de manipulation la plus répandue, c’est la religion”, soutient encore Nacer Djabi.Reste que le mépris de la culture renvoie à l’image d’une époque dont on n’a pas encore chassé les démons. “Inutile de se cacher derrière le développement local ; on connaît parfaitement la chanson : qui se cache derrière et qui manipule ? Nous sommes habitués à ce genre de scénario depuis le début des années 1990 : ça a commencé par des appels à couper l'électricité, puis aux salles des fêtes, aux salles de cinéma, aux théâtres et ça a fini par couper des têtes”, commentaire d’un internaute.
Parmi les plus élevés au monde, le taux de natalité en Algérie inquiète les autorités
L’étude préconise de ce fait une baisse de la fécondité pour réduire les charges notamment celles liées à la santé et à l’éducationDans un contexte économique difficile, l’Algérie enregistre un taux de #natalité en #Algérie parmi les plus élevé au monde. C’est ce que vient de révéler une étude de la Direction de la Population au ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitralière. La fécondité a en effet atteint les 3,1 d’enfants par femme, alors que le taux de mortalité se trouve nettement en baisse.On assiste ainsi, à une croissance démographique rapide dans un contexte économique et social difficile. Si le niveau de renouvellement des générations d’ici 2050 se maintient à un rythme de 2,1 enfants par femme, on sera près de 62 millions habitants. Or, ce seuil a bel et bien été franchi. Si ce niveau de #fécondité augmente à 3,5 enfants par femme, la population algérienne sera de 72,4 millions d’habitants en 2050.Cela signifie plus de personnes à charge à savoir les moins de 20 ans et les plus de 70 ans. La même étude évoque une structure très contraignante en raison du contexte économique fortement impacté par la baisse drastique des ressources financières du pays. L’étude préconise de ce fait une baisse de la fécondité pour réduire les charges notamment celles liées à la santé et à l’éducation.Cependant, la bonne nouvelle reste sans doute la diminution du taux de mortalité des enfants avec 21 décès pour 1000 habitants l’année dernière, alors qu’on était à 36,9 décès pour 1000 habitants en l’an 2000, ce qui a alors mis l’Algérie en maivaise position et qui n’a pu ainsi atteindre ses objectifs de développement du millénaire.Enfin, sur l’espérance de vie, à la naissance, on est à 77,6 en 2017 et en l’absence de changement d’autres facteurs, les femmes vivraient plus longtemps les hommes.    
14 Juil 2018 à 18:34
Le Coran est-il antisémite ?
Fin avril, 300 personnalités ont dénoncé dans une tribune le « nouvel antisémitisme » et demandé l'abrogation de versets coraniques. Pour l'islamologue franco-marocain Rachid Benzine, il n’y a pas à vouloir leur « mise à l’écart », voire à les « condamner à mort » : il faut relier ces versets à leur contexte d’énonciation et en faire une lecture renouvelée.Tribune. Les Juifs de France vivent de nouveau dans la peur. Les assassinats aux motivations antisémites qui se sont succédé ces dernières années (calvaire du jeune Ilan Halimi torturé à mort en 1996 en région parisienne par le « gang des barbares », enfants et enseignant juifs exécutés à Toulouse en 2012 par le terroriste Mohamed Merah, clients de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes tués en 2015 par d’autres terroristes, défenestration de la sexagénaire Sarah Halimi en 2017 à Paris, puis meurtre, en mars 2018, toujours à Paris, de l’octogénaire Mireille Knoll) ont réveillé les pires souvenirs du temps qui a précédé et accompagné la Shoah.Pour eux, point de doute : l’antisémitisme ressurgit à travers des acteurs nouveaux – les jeunes musulmans des banlieues –, et avec des éléments de langage qui n’appartiennent plus à l’ancien antijudaïsme chrétien ni à la rhétorique raciste d’extrême droite, mais à l’islam fondamentaliste.Pour dénoncer haut et fort cette situation, une tribune signée par quelque 300 personnalités a été publiée le 22 avril dans les colonnes du Parisien Dimanche, et un livre collectif intitulé Le Nouvel Antisémitisme en France vient de paraître aux éditions Alain Michel. Des critiques se sont aussitôt élevées contre le contenu de cette tribune, en particulier parce que ses auteurs y demandent que « soient frappés d’obsolescence [par les autorités théologiques musulmanes] les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des Juifs, des chrétiens et des incroyants ».Stigmatisation injuste et dangereuse de l’islam et des musulmans ?Beaucoup dans la communauté musulmane ont vu dans ce texte une stigmatisation injuste et dangereuse de l’#islam et des #musulmans, et les réactions indignées n’ont pas manqué.La question mérite en tout cas d’être posée : est-on vraiment en présence d’un « nouvel #antisémitisme » aux racines coraniques, dont les jeunes musulmans de #France seraient les principaux protagonistes ? Les phénomènes à l’œuvre depuis plusieurs années appellent un discours capable de prendre davantage en compte leur complexité. Juifs et musulmans, en France, constituent deux minorités dont chacune porte un lourd poids de souffrances héritées du passé. Au temps de la colonisation, la République française a traité différemment les uns et les autres, octroyant en 1870 (décret Crémieux) la citoyenneté aux Juifs d’Algérie, mais la refusant aux « sujets » musulmans de ce pays. Ont suivi l’exode des uns, l’émigration des autres vers l’Hexagone.Depuis la fin de la guerre d’Algérie, ces deux minorités à la réalité démographique inégale (600 000 Juifs, et à peu près dix fois plus de musulmans) se ressentent comme concurrentes (concurrence des mémoires, concurrence sur la place des uns et des autres dans la société, concurrence sur les stigmatisations) et ne cessent de se comparer, parfois de se jalouser.En raison de la tragédie israélo-palestinienne, qui éveille chez chacune des deux minorités des solidarités opposées, les regards dépréciateurs des uns envers les autres se sont accentués, entretenant une culture de l’animosité. Jusque-là, donc, rien de particulièrement « religieux ».Pour une lecture renouvelée des versets coraniquesCette rivalité-animosité entre Juifs et musulmans (on pourrait, en l’occurrence, parler de « Maghrébins » ou de « Franco-Maghrébins » plutôt que de « musulmans ») rappelle beaucoup les relations conflictuelles entre Juifs et Noirs pauvres aux États-Unis depuis la fin des années 1960.En demandant que soient déclarés « obsolescents » certains versets coraniques, les signataires du manifeste se sont laissés prendre au piège d’une lecture littéraliste anachroniqueLa dimension religieuse, cependant, vient surcharger le conflit, tout particulièrement en ce temps de réveil des identités religieuses et de succès des courants fondamentalistes. Dans certaines mosquées de France, à l’image de ce qui se passe à une grande échelle dans beaucoup de pays arabes, des imams irresponsables et haineux brandissent des versets du Coran arrachés de leur environnement littéraire autant que de leur contexte historique, ainsi que des hadiths dont la recevabilité est contestable qui maudissent les Juifs. Dès lors, la haine des Juifs deviendrait un devoir sacré ! D’où le sentiment qu’il existerait un « antisémitisme musulman » qui serait congénital à l’énonciation coranique des origines ! En demandant que soient déclarés « obsolescents » certains versets coraniques, les signataires du manifeste paru dans Le Parisien Dimanche se sont laissés prendre au piège d’une lecture littéraliste anachronique, la même que celle que font ceux dont ils dénoncent le discours !Pour s’attaquer à pareils dévoiements des textes fondateurs et nourriciers de l’islam et les prévenir, il est urgent que tout le monde – musulmans et non-musulmans – s’attelle à une lecture nouvelle de ceux-ci, prenant en compte les changements de contextes, les manières de lire, de penser et de croire des différentes époques.Il n’y a pas à vouloir la « mise à l’écart » de certains versets coraniques : il faut les relier à leur contexte d’énonciation et, pour les croyants, travailler à s’en saisir autrementAinsi, dans le Coran, on trouve à la fois des passages positifs sur « les fils d’Israël » et des malédictions contre des tribus juives. Mais, justement, pour le livre saint de l’islam, il ne s’agit pas « d’antisémitisme » (ce concept, forgé au XIXe siècle, n’existait pas encore !), de racisme anti-Juifs ni même de condamnation de type théologique (à l’instar de l’anti­judaïsme chrétien multiséculaire), mais plutôt de traces de conflits très politiques entre le prophète Mahomet et les tribus juives qui avaient adhéré à un pacte d’alliance avec lui avant de l’abandonner, voire de le trahir. Il n’y a donc pas à vouloir la « mise à l’écart », voire à « condamner à mort » certains versets coraniques : il faut les relier à leur contexte d’énonciation et, pour les croyants, travailler à s’en saisir autrement que cela a pu être fait à d’autres périodes de l’histoire des hommes.En passant trop tardivement de « l’enseignement du mépris » à « l’enseignement de l’estime » en ce qui concerne les Juifs, l’Église catholique n’a pas supprimé certains passages de l’Évangile de Jean qui semblaient condamner les Juifs : elle en a fait une lecture renouvelée.
12 Mai 2018 à 20:30
Que dit l'orientalisme ?
Le point de départ de ces réflexions se trouve dans un recueil de textes de Mohammed Dib : Laëzza, (publié à titre posthume en 2006), et l'on peut supposer que dans un chapitre intitulé "Autoportrait", il tient à livrer aux derniers moments de sa vie, ce qui lui tient le plus à cœur. Mohammed Dib est mort le 2 mai 2003 (il y aura bientôt 15 ans), Laëzza était tout juste achevé au moment de sa mort, c'est sans conteste son dernier livre. Pour autant, ce n'est pas un écrit testamentaire, pas même dans le chapitre "autoportrait", qui ne correspond à ce titre qu'à condition de le prendre à un sens très large. Il est certain que les réflexions d'un homme qui atteint quatre-vingt trois ans (Dib est né en 1920) tournent facilement au bilan, mais nous avons affaire à un écrivain qui refuse de s'appesantir et qui préfère des notations brèves, tout son art consistant en ce qu'elles n'en soient pas moins pertinentes, chargées de sens ou d'émotion. Le lecteur attentif ne peut manquer d'en glaner ici ou là qui parfois le raviront, comme l'évocation qui va suivre et dont on n'a gardé ici que quelques lignes enchanteresses. On peut leur donner pour titre ces premiers mots qui sont de l'auteur : Les maisons mauresques--maisons de mon temps--après lesquelles commence une description de ces merveilles architecturales malheureusement en voie de disparition (exténuation progressive qui a commencé bien avant l'indépendance mais qui s'est accélérée ensuite, dans les dernières décennies). En voici quelques détails, particulièrement visuels et évocateurs d'une peinture connue sous le nom d'orientalisme : Mais je voudrais vous faire rêver surtout de ces lambris de faïences bleues sur fond blanc de Delft dont miroitent les murs du patio autant que ceux des chambres, et de l'ambiance de fraîcheur qu'ils entretiennent par les jours de canicule ; rêver de ces cours pavées de grands carreaux blancs les uns, vert malachite les autres, à la Vermeer, tout en diagonales fuyantes ; et que vous écoutiez, chant liquide, labile d'un éden, les voix de femmes qui s'y élèvent, relayées par les roucoulements des tourterelles ; que vous observiez comme la vigne monte du centre de la cour pour se hisser vers les étages et aller de là-haut vous faire de l'ombre. A défaut de connaître des maisons de ce style, tant il est vrai qu'elle sont devenues rares dans la réalité, les amateurs de peinture auront le sentiment que Mohammed Dib leur met sous les yeux un de ces tableaux qu'on peut voir dans les musées quand ceux-ci ne les ont pas considérés comme démodés ou pires (ringards ?) et relégués au fond de leurs réserves. L'évocation de la maison mauresque par Mohammed Dib en est un éloge sans réserve, charmé voire ému, de la part d'un auteur dont on sait qu'il n'abuse pas du lyrisme sentimental et ne cède jamais à des engouements superficiels ou passagers. Le passage précédemment évoqué pourrait donner l'impression d'être purement descriptif et de s'en tenir à la qualité esthétique de cette maison. En fait il n'en est rien et c'est par autre chose qu'il commence, par le "cœur" qui fait battre tout ce vaste corps et qui est le patio ou atrium (son nom latin) sur lequel débouchent toutes les fenêtres, alors qu'aucune d'entre elles n'ouvre sur l'extérieur. En quelques phrases très simples, il arrive à préciser et à nuancer ce que cette structure entraîne et signifie. Dans cet espace commun à tous les habitants de la maison se rencontrent les deux tendances essentielles de leur mode de vie : d'une part, la volonté de préserver un espace privé pour chacun, sans jamais dépasser les limites implicites au-delà desquelles il y aurait transgression (ou indiscrétion) ; d'autre part le désir de participer à une vie commune et de montrer que chacun tient compte de l'existence des autres, à laquelle il n'est jamais indifférent. Les meilleurs des tableaux orientalistes permettent de comprendre cela, ou en tout cas ils montrent que le peintre a été sensible à cette conciliation harmonieusement réalisée, dans un espace à la fois ouvert et fermé. Il y a certainement dans le regard orientaliste qui émane de ces plongées en terre inconnue ou presque une sorte de nostalgie pour la sérénité qui s'en dégage, comme si les problèmes les plus graves restaient à l'extérieur de ce patio livré à une joyeuse et innocente quotidienneté. Monde protégé, dont on comprend qu'il ne peut l'être qu'au prix d'un certain enfermement. Avec en prime une beauté préservée dont Mohammed Dib ne peut que regretter la disparition au moment où il écrit, mais déjà bien auparavant, quand les gens ont commencé à s'entasser dans des "clapiers sans air ni lumière", comme il dit sans ménagement. Les peintres européens qui ont donné cette image d'un certain Orient savaient bien que dans leur propre pays, la vie traditionnelle avait déjà perdu ses équilibres profonds, et que cette perte était irréversible. On a beaucoup trop caricaturé leur attitude, comme s'il ne s'agissait pour eux que de falsifier la réalité de ce qu'ils représentaient. Si l'exotisme est un rêve, si l'Orient est un mythe, c'est parce que l'Occident savait ou sentait ce qu'il était en train de perdre chez lui, et ce qu'il aurait fallu sauver en d'autres lieux, si l'on en avait été capable, pendant qu'il en était encore temps. Nous devrions être impressionnés par le fait que de très grands auteurs, tels Baudelaire et Flaubert, ont porté en eux, une vie durant, une aspiration exotique qui peut se dire aussi très simplement, comme le refus et le dégoût de l'enlaidissement du monde dont ils subissaient le spectacle au quotidien. Comme le dit Mohammed Dib dans ce même texte, nous ne mesurons pas toujours ce que nous sommes en train de perdre...et pourtant, quelle tragédie ! On peut discuter de l'#orientalisme, et le mettre en cause pour de bonnes raisons, mais reconnaissons aussi que s'il nous gêne, c'est parce qu'il est le rappel de tout ce que nous avons gâché, toutes responsabilités confondues.
10 Fév 2018 à 22:05
Du multilinguisme au multiculturalisme ou les interconnexions entre la sociolinguistique et la philosophie politique au Maghreb (PARTIE I)
"...La conception quasi mystique du 'corps' souverain de la nation fait naitre un peu partout le 'problème des minorités' : ceux qui ne parlent pas la même langue ou ne pratiquent pas la même religion à l'intérieur d'une 'nation' sont ainsi transformés en un 'corps' étranger, une 'minorité' regardée avec suspicion" (George Corm, La question religieuse au 21ème. siècle, p49 (1) La représentation de tamazight : contexte général d'évolution Partant d'une idée caricaturale de ce que la nation devrait être et parler, il n'était question pour les dirigeants du nationalisme algérien anticolonial, ni de multilinguisme ni de multiculturalisme. Cette posture de fermeture politique fut reconduite durant l'indépendance du fait de la filiation politique des dirigeants actuels de l'état algérien. La langue tamazight, longtemps perçue comme recluse au domaine de la communication orale, en dépit de sa longue histoire scripturaire (V. OULD-BRAHAM Ouahmi, s/d, 2017), stigmatisée socialement et politiquement, est entrée dans le système éducatif algérien depuis 1995, suite à un forcing de la société civile (depuis le mouvement du printemps amazigh d'avril 1980, la grève du cartable en 1994-95, puis le mouvement citoyen de Kabylie en 2001-2004). On verra que l'introduction brusque de l'enseignement de tamazight dans le système officiel par les pouvoirs publics algériens, tenait plus du souci de l'ordre public que d'une évolution de la pensée et des attitudes politiques qui se seraient convaincus de la nécessité d'une refondation de l'organisation monolithique de la société et de l'état sur des bases pluralistes. En parallèle, la revendication amazighe était conjointe dans les discours de ses promoteurs à l'algérianité, la démocratie, les libertés individuelles et collectives et à la citoyenneté (AIT-LARBI Arezki, (s/d), 2010). Cette reconnaissance de l'amazighité par les pouvoirs publics ne peut donc relever que d'un volontarisme restreint, du fait qu'elle ne s'inscrivait dans aucun cadre perceptif global de la société et de son pluralisme linguistique et culturel, et s'est exemptée ipso facto de toute analyse des effets de cette reconnaissance impensée sur la société et sur la langue elle-même. C'est ce qui explique la précipitation dans l'ouverture de classes pilotes et la formation dans le tas des premiers enseignants de tamazight, en quelques jours, par une institution non spécialisée et elle-même nouveau-né ! C'était "une génération spontanée" d'enseignants où il suffisait de parler kabyle pour être déclaré apte à l'enseigner. Cette situation avait induit le problème de l'intégration de ces personnels à la fonction publique et que le Haut-Commissariat à l'Amazighité (HCA) en était devenu le porte-parole notamment dans la commission mixte avec le MEN. Il est utile de rappeler que Tamazight est un nom singulier pour une réalité linguistique et sociolinguistique plurielle sans hiérarchisation des variétés : c'est la polynomie de J.-B. Marcellesi. De plus, tamazight dans ses différentes variétés n'est pas seule dans l'espace langagier algérien et encore moins dominante. Son espace langagier était entrecoupé par des espaces couverts par l'arabe algérien (V. DOURARI A., 2014 (c)) assez étendus pour constituer un espace d'influence linguistique réciproque. Une vue rétrospective de ce processus d'intégration à l'école, montre que la première gageüre consistait à vouloir enseigner une langue de moindre diffusion et de fonctionnalité réduite, dans un système éducatif réfractaire, fortement arabisé et sous domination de l'idéologie arabiste, et dont les effectifs avoisinaient les 9.000.000 de personnes. Ceci est assorti d'un contexte de tension sécuritaire (terrorisme des années 1990), politique (pression interne de l'islamisme et internationales doublées d'un antagonisme avec la demande démocratique et de modernité, en contexte de fragilisation des structures de l'Etat), identitaire (arabisme et islamisme exacerbés) et linguistique extrêmes (généralisation officielle de l'arabisation Vs résistance francophones et tamazightophones). Des observateurs avertis doutaient même de la survie de l'Etat algérien (Auteur collectif, 2003). La deuxième gageüre était de vouloir enseigner une langue polynomique assez différenciée régionalement aux plans linguistique et culturel et, par-dessus tout, non normalisée. Le manque devient cruel quand on se rappelle l'inexistence de didactique spécialisée, d'outils pédagogiques, et encore moins d'enseignants qualifiés. C'est un défi à la raison, ou alors un bien mauvais départ pour l'enseignement de cette langue et de son élaboration symbolique affublée de l'idée fixe, chez ses promoteurs, que c'était là le seul moyen de la sauver d'une mort certaine (NOUH Abdellah, 2017). Normaliser une langue n'est pas simple. Il ne relève pas non plus des efforts d'un seul individu fut-il le plus intelligent et le plus dévoué à sa cause. La mise en place du HCA en 1995 ne peut pas non plus constituer une réponse idoine à ce type d'activité scientifique dans un tel contexte politico-social et culturel défavorable, pour ne pas dire hostile. 2) Les exigences d'une normalisation linguistique 2.1) La politique linguistique de l'Etat Il est généralement admis que le processus de normalisation concerne le corpus de la langue, d'un côté, et son statut, d'un autre côté (HAUGEN, E., 1986, pp 197-111). L'avancée en termes de statut juridique est appréciable. Cette avancée est certes utile en ce qu'elle fait évoluer les représentations sociales de cette langue et lève les hypothèques symboliques, psychiques et sociopolitiques et permet à ses locuteurs de retrouver le sentiment de relative quiétude linguistique dans leur milieu sociétal plurilingue. C'est une reconnaissance sociale qui procure un sentiment d'apaisement identitaire. Mais elle ne peut en aucun cas dispenser de l'aménagement du corpus si on veut qu'elle remplisse d'autres fonctions sociales. Cependant, cet aménagement de statut, qui a atteint son apogée quand tamazight fut déclarée langue officielle dans la constitution de février 2016, tarde à donner ses fruits. Les politiques, linguistique, culturelle et éducative n'ont pas évolué parallèlement à ces changements constitutionnels. La rédaction des articles trois et quatre de la constitution de 2016 laisse des zones d'ombre. Elle distingue entre la langue arabe scolaire considérée "langue officielle de l'Etat" hic et nunc et tamazight "langue officielle" de jure mais en devenir de facto (elle doit attendre la mise en place d'une académie qui doit lui procurer les conditions d'implémentation de son statut officiel). Comme si une langue officielle pouvait être non pas celle de l'Etat, mais celle d'un douar, surtout qu'il s'agit d'Un Etat jalousement jacobin ! Tous les textes portant sur la politique d'arabisation devraient être mis en conformité avec les nouvelles dispositions constitutionnelles pour intégrer cette nouvelle donnée, y compris la loi d'orientation sur l'école 08-04 du 23/01/2008 dans ses chapitres relatifs aux langues. La politique culturelle devrait, elle aussi, s'y conformer en augmentant la visibilité de la culture et de l'usage des variétés de tamazight. L'administration et la justice devraient faire de même. En fait c'est une politique linguistique nouvelle, pluraliste, qui aurait dû être élaborée suite à cette disposition constitutionnelle. 2.2) Le corpus de référence L'aménagement se fait sur la base d'un corpus de la langue recueilli sur le terrain telle qu'elle a été et est parlée, écrite ou chantée... par des locuteurs natifs. De ce corpus serait extraite une base lexicale et d'expressions, la plus exhaustive possible, qui serait la référence pour tous les dictionnaires de la langue, y compris la dérivation/création néologique par différents procédés, mais aussi source des descriptions grammaticales, des morphologies, des systèmes phonologiques et sémantiques de différents niveaux du plus scientifiquement élaboré au plus scolaire. Le corpus (RASTIER F., 2016 ; DOURARI A., 2016 (c)), dans la linguistique descriptive, est l'autorité de référence ultime d'objectivation des données. Aucune connaissance, aucune règle ne peut être considérée comme scientifique et légitime si elle n'a pas été préalablement confirmée dans les données recueillies du corpus de référence. C'est dire l'immense importance qu'il faut accorder à la constitution de ce dernier. Il doit être représentatif et exhaustif diront les structuralistes. Il constitue une véritable autorité de vérification et de légitimation. Aussi important et vital soit-il, ce corpus fondamental n'a pas été constitué, ni par l'instance du HCA (dont ce n'est pas la mission), ni par les départements et instituts de langue et culture amazighes universitaires (Tizi-Ouzou, Bejaia, Bouira, Batna...), qui existent depuis le début des années 1990 (pour les deux premiers). Il ne le fut pas non plus par des chercheurs individuels... à un moment où les corpus numérisés des langues de grande diffusion sont devenus incontournables dans les pays développés où se tisse une relation mutuellement avantageuse entre la linguistique et l'informatique. 2.3) L'instance de normalisation Nous venons de parler de l'autorité déterminante que constitue un corpus représentatif de la langue, qui objectiverait les analyses qui en découleraient, canaliserait l'enthousiasme des linguistes militants et éviterait l'hypertrophie néologique autant qu'une tendance avérée à la purification linguistique des nombreuses traces (KOSSMAN M., 2013) de la langue arabe scolaire et algérienne présentes dans tamazight, sous l'effet d'une réactance (DOURARI A., 2004) à un trop grand sevrage sociolinguistique. Cette autorité serait incomplète, cependant, sans la mise en place d'une autre instance de type académique de référence, conçue comme l'autorité scientifique et morale ultime, capable de trancher les débats sociolinguistiques et didactiques animés en cours dans la société. Son travail consiste à initier et conduire des recherches, mutualiser et valoriser les connaissances acquises, et évaluer des recherches conduites ailleurs dans le but de l'établissement progressif d'une norme de référence de tamazight. Après 22 ans d'enseignement de tamazight, il n'existe pas encore une instance scientifique pour sa normalisation. L'avancée en termes de statut juridique est certes utile, mais elle ne peut dispenser de cet encadrement scientifique, s'agissant d'une langue devenue nationale et officielle et de faits culturels et anthropologiques qu'il n'est pas indiqué d'escamoter ni du côté des pouvoirs publics, ni de celui de la revendication citoyenne. La tamazightophonie (=berbérophonie) est, dans le Maghreb, une réalité linguistique, culturelle et historique incontournable. Il faut noter, en parallèle, que l'arabophonie algérienne, maghrébine et scolaire sont des réalités historiques très anciennes et sont dans une relation d'intrication linguistique et culturelle complexe avec le fait amazigh. Depuis le 8e siècle J.-C., les Amazighs s'étaient gérés eux-mêmes depuis la dynastie Rustumide (Zénètes), jusqu'aux Almohades (Sanhadja)...et la venue des Turcs (16ème siècle) qui ont marqué la sortie des Amazighs de l'histoire pour longtemps. On parlera, par conséquent, d'une auto-arabisation (arabe algérien) par la dynamique sociale, culturelle et historique (DOURARI A., 2016 (b) ; CAMPS G.) Nous avons vu que le HCA n'était pas l'instance idoine pour une telle tâche complexe et exigeante en chercheurs au regard de son statut juridique et de son fonctionnement. Le CNPLET, créé par arrêté interministériel en novembre 2003 et ouvert en 2005, est un Etablissement Public à caractère Administratif sous tutelle du ministère de l'éducation nationale. A ce titre, il ne peut statutairement recruter des chercheurs et mener des recherches dans le sens de la normalisation de tamazight. Il tient des colloques scientifiques sur des questions clés relatives à la normalisation de la langue et en publie les actes dans une revue scientifique Timsal n tamazight on line et en papier (elle est au 8ème numéro, v. www.cnplet.dz). Plus d'une année après la constitutionnalisation de l'officialisation de tamazight et de la création juridique de son académie, la loi organique qui initie le processus de mise en place concrète de l'académie, n'a toujours pas été promulguée. Des contraintes liées à la situation politique et économique du pays peuvent être invoquées à ce titre, mais ceci peut se lire aussi dans le sens de l'absence d'une ingénierie politique d'ensemble de l'articulation pluraliste de la société dans le cadre d'un nouveau modèle d'Etat qui reste encore à esquisser. Le parallèle avec le royaume marocain est tentant en termes d'atermoiement, car la forme d'organisation des Etats du Maghreb et leur souffreteux jacobinisme (avec un soupçon de modernité) connaissent maintenant de fortes distorsions dues à la pression démographique couplée à l'évolution du niveau général d'instruction, de conscience politique, et des demandes démocratiques d'un multiculturalisme incontestable de la société. 2.3.1) De la nécessité de l'Académie Algérienne de la Langue Amazighe Le retard accusé dans la mise en place de l'académie créée par la constitution de 2016 projette une ombre sur les intentions du législateur car, d'un côté, la langue a véritablement besoin d'une norme syntaxique, lexicale/ néologique, phonétique et phonologique, etc., scientifiquement fondées, et que, d'un autre côté, les militants de la cause n'ont jamais attendu, loin s'en faut, le bon vouloir des pouvoirs publics pour produire une littérature prolifique de normalisation amateur (DOURARI A., 2011 ; FISHMAN J.-H, 1983). Cette dernière est fondée sur des données et des objectifs, le plus souvent, subjectifs et inonde le système éducatif et l'espace public (émissions radiophoniques et télévisuelles, romans, poésie, traductions spécialisées, traductions de la constitution, publicités des opérateurs de téléphonie, articles de presse...) d'une langue artificielle à peine compréhensible et donc peu fonctionnelle (FISHMAN J.-H, 1983, pp383-394). Tamazight, actuellement, peut difficilement être véhiculaire dans le domaine officiel. L'académie de langue amazighe sera donc dotée de capacités matérielles et humaines que ne peut avoir un centre de recherche. Elle a besoin d'un réseau de plusieurs centres de recherche pour mutualiser les savoirs et compétences disponibles et les mettre en synergie. A ce titre, on ne peut ni faire tabula rasa du corpus ancien de tamazight, fait aussi d'emprunts aux langues avec lesquelles elle était historiquement en contact et écrites en caractères arabes, ni lui inventer, en guise de rattrapage cognitif, des termes de manière fantasmatique à partir de listes terminologiques d'autres langues développées (V. la notion de nomenclature chez F. De Saussure), pour les imposer ensuite par des moyens non légitimes sociologiquement et linguistiquement. L'artéfact qui en résultera provoquera un double déclassement diglossique des variétés de Tamazight naturel qui en sortiront fragilisées, alors qu'on vise à les en prémunir initialement. Les prémices, ne les voit-on pas déjà au Maroc au sujet dudit "Amazigh Standard" et en Algérie face au dit "Tamazight" que même les apprenants tamazightophones dédaignent. A ce titre, le site Kabyle.com, proche des indépendantistes kabyles, relève amèrement dans un post du dimanche 10/01/2016 que : Dans certaines écoles primaires de la capitale du Djurdjura, des parents d'élèves s'obstinent à ce que leurs enfants ne suivent plus aucun cours de tamazight. Ces Kabyles de service ont tenté de se constituer en association pour demander au DEW (Directeur de l'éducation de Wilaya) de dispenser leurs enfants de cet apprentissage. La culpabilisation est préférée à l'analyse objective de la situation. La néologie bien que nécessaire doit cependant se faire à dose homéopathique afin de recevoir l'assentiment des locuteurs, et dans l'objectif glottopolitique prioritaire de sauvegarde et non pas de substitution linguistique.   3) De la politique linguistique à la philosophie politique 3.1 Le Tamazight standard et les faux parallèles Un tamazight standard serait une langue artificielle que le marché linguistique (DOURARI A., 2014 (c) ; BOURDIEU P., 1982) aura du mal à valoriser : J.-A. FISHMAN et E. HAUGEN, (Op. Cit.), parlent d'acceptation sociale de la norme. Pis encore, il menacerait l'existence des variétés réelles de tamazight dont la vitalité est garantie, non pas par le système scolaire, comme il est souvent pensé, mais par ses locuteurs natifs (NOUH Abdellah, Op.cit., 2017). A ce sujet, on a fait beaucoup de fausses comparaisons. 3.1.1 L'arabe scolaire et classique Pour comparaison, la langue arabe scolaire et classique a eu la chance irretrouvable d'avoir été le véhicule d'une religion qui a réussi à dominer une bonne partie de planète. Elle fut aussi pour longtemps la langue d'une grande civilisation, de la philosophie et de la science comme celle de l'humanisme arabe universalisable... Elle avait pris cependant quelques deux siècles avant les premières normalisations de son écriture pour ajouter les diacritiques (les points suscrits ou souscrits pour distinguer les consonnes). Pendant ses premiers deux siècles, la civilisation arabo-islamique a fonctionné avec une langue non complètement normalisée aux plans orthographique, morphologique et syntaxique menée essentiellement sous, et en référence à, l'autorité collective de ses locuteurs arabes. Ce n'est que vers le 14e siècle que la première œuvre lexicographique de grande envergure, en l'occurrence le Lissan al-arab d'IBN AL-MANDHOUR Al-ifriqi fut créée. Aujourd'hui, en dépit de l'existence de plusieurs académies dormantes (madjami'), elle ne connut plus de mise à jour après la parution de « Lissan Al-Arab », et est restée prisonnière de la forme syntaxique, morphologique et lexicale, autant que du système cognitif et normatif de la civilisation arabo-islamique du 14éme s. J.-C. Elle peine à devenir le véhicule de la pensée scientifique par ce qu'il ne s'y produit plus ce type de pensée (retard du monde dit arabe et hétéronomie sociétale du savoir (DOURARI A., 2014 (c), pp 183-206), mais aussi parce que la pensée conservatrice dominante voudrait qu'elle reste telle qu'elle fut "afin que les textes sacrés demeurent compréhensibles" ! Ceci contraste fortement avec l'ouverture d'esprit des premiers normalisateurs de la langue arabe classique qui avaient déclaré arabe tout terme emprunté ou inventé conforme au fonctionnement morpho-phonologique de la langue arabe. C'est le fameux qiyas vs sama' (kullu mâ qîsa 'alâ kalâmi l-arab fa huwa min kalâmihim). Des termes réputés syriaques, araméens, persans ou latins sont présents dans le texte même du Coran (LUXENBERG C., 2007) et traités comme des termes arabes. Cette posture d'ouverture de ses promoteurs lui a permis d'être la langue véhiculaire de la pensée scientifique mondiale à l'aube de la civilisation arabo-islamique jusqu'au 12e siècle J.-C. Tous les Etats dits arabes et la majorité de leurs populations lui accordent un grand prestige du fait qu'elle est le véhicule de sa religion dominante. 3.1.2) L'allemand et l'hébreu On ne peut invoquer le processus d'unification de la langue allemande, non plus, elle qui s'est faite en parallèle avec l'unification de la nation allemande et le pangermanisme dans des conditions historiques et politiques particulières des deux siècles derniers (19e et 20e siècles) avec la constitution des états-nations. Il n'est pas non plus bien avisé d'imiter l'expérience hébraïque, pour une raison simple : le peuple juif n'existait pas, et c'est Shlomo Sand professeur d'histoire de l'université de Tel-Aviv qui l'affirme (SAND Shlomo, 2010). Il fut construit selon une idéologie de légitimation de la création d'un Etat Israélien fusionnant appartenance religieuse et appartenance nationale, appartenance à un peuple et à une langue. L'hébreu nouveau fait partie du mythe de fondation nationale israélien. Ce peuple n'avait pas de territoire non plus ; celui-ci fut pris aux Palestiniens par l'armée israélienne soutenue par l'Occident. Le seul élément commun à tous les Juifs intéressés par Israël, venus de toute la planète et ayant plusieurs cultures et nationalités, était le symbolique ancien testament écrit en hébreu talmudique (SAND Shlomo, Op. Cit.). Les sionistes ont donc réinsufflé la vie dans une langue hébraïque sacrée, qu'une commission de linguistes a essayé de moderniser pour en faire une langue nationale (Keren MOCK, 2016). L'hébreu n'est que la façade commune qui donne une certaine consistance à l'Etat israélien et lui donne en même temps sa définition identitaire d'un point de vue sociolinguistique. Et même ainsi paré, le projet d'Etat israélien n'emporte pas l'adhésion des Juifs orthodoxes qui soutiennent que ce dernier est contre le vœu de Dieu qui a condamné les juifs à l'errance après leur désobéissance à ses prescriptions. 3.2) Tamazight n'est pas dans le même contexte Il est clair qu'il est possible de décrire bien d'autres expériences de normalisation/standardisation comme celle du catalan, du corse ou de l'irlandais. Il nous faudrait plus de place qu'il n'est accordé à ce papier. La langue Tamazight est au Maghreb et en Algérie chez-elle : les Algériens (les Maghrébins), c'est son peuple et l'Algérie (le Maghreb) c'est son territoire. Tamazight a aussi un Etat qui la reconnait comme deuxième langue officielle aux côtés de l'arabe scolaire. Tamazight entre dans le domaine officiel alors que ce dernier connait déjà l'arabe scolaire et le français. Ces dernières occupent le domaine formel. Il s'agit d'assurer à cette langue toutes les chances de réussir son élaboration symbolique pour progressivement prendre sa place dans les différentes institutions et dans le marché linguistique national (V. sur la situation sociolinguistique de l'Algérie, CHACHOU Ibtissem, 2013). Cet objectif glottopolitique est différent du cas de l'hébreu et de l'allemand, exige des processus de normalisation différents et induit des conséquences politiques différentes. Le monolinguisme n'est souhaitable ni au niveau national, ni au niveau des régions, et pas même à l'échelle des variations internes aux régions, sachant que le processus d'unification de tamazight a été lancé au Maroc en 2003, avec de bonnes intentions et beaucoup de moyens humains et financiers, mais ne semble pas avoir donné les résultats escomptés à nos jours (LEFKIOUI. M., 2013). Le Maroc évolue institutionnellement vers la mise en place d'un Institut National des Langues et Cultures du Maroc (constitution et loi organique) qui traitera de toutes les langues parlées au Maroc, y compris des variétés de tamazight et d'arabe marocain, se rapprochant de la société langagière réelle et s'émancipant peut-être du séduisant fantôme de "l'amazigh standard".  On s'émancipera aussi probablement du fantôme de l'unification linguistique (DOURARI A., 2002) imposée par les pouvoirs publics à travers la politique de généralisation de l'arabe scolaire. Cette dernière, a généralisé, dans les faits, par la diffusion de ses contenus pédagogiques et cognitifs, les postures intellectuelles conservatrices dont on connait aujourd'hui les résultats (DOURARI A., 2013 (b) pp 79-103). Si cette politique linguistique a vraiment contribué à faire reculer la maitrise de la langue française, elle n'a certainement pas fait avancer celle de l'arabe scolaire. 3.3) Le mythe de la disparition du Kabyle Certes, tamazight (au sens polynomique) est une langue de moindre diffusion, mais inférer de cela qu'elle soit menacée de disparition est excessif. Ses variétés kabyle ou chleuh le sont encore moins. L'extension de sa territorialité est limitée.  Les espaces où elle est utilisée sont discontinus mais c'est une langue transfrontalière, utilisée en Libye, en Egypte, au Niger, au Nigéria mais également et surtout dans les pays du Maghreb- son territoire de prédilection. Car la vitalité d'une langue est liée, primordialement, au nombre de ses locuteurs, la supposée menace de disparition n'est qu'une amplification instrumentée politiquement par les mouvements indépendantistes, notamment kabyles, pour légitimer la création d'un Etat qui aurait pour but de la protéger. Loin d'être menacé de disparition, le kabyle est la variété de tamazight qui regroupe le plus grand nombre de locuteurs natifs en Algérie et se trouve de ce fait dans une posture de domination des autres variétés. Il pourrait même aspirer à être la matrice sur laquelle se construirait une langue commune (peu recommandable) aux différentes régions, si on venait à opter pour le choix de la démocratie linguistique. 4) Tamazight : de la planification linguistique à la philosophie politique 4.1 Revendication linguistique et revendication politique dans le mouvement nationaliste Les acteurs sociaux et politiques en concurrence font naturellement usage de la question linguistique et identitaire pour se positionner. La crise du PPA/MTLD de 1949 avait engagé cette problématique en même temps que les attitudes politico-idéologiques qui ont influencé les pouvoirs postindépendance tous issus du FLN. Le document historique dit « Idir El-watani » (V. DOURARI A., 2013 (a) pp 91-106), retrace en creux les péripéties de ce clivage consistant à se ranger en faveur d'une "Algérie algérienne" ou d'une "Algérie arabe et islamique". Certains militants, dénoncés comme berbéristes, avaient été condamnés à mort et plus tard, Abane Ramdane, père de la fameuse Plateforme de la Soummam, qui unifia et organisa le combat pour l'indépendance et donna un cadre institutionnel moderne pour l'Algérie indépendante future, n'avait pas hésité, nonobstant son origine kabyle, à ordonner de persécuter lesdits berbéristes notamment dans la Fédération de France du FLN révolutionnaire. Cette attitude n'est pas ethnique ou linguistique. Elle est politique, comme il est aisé de le constater. 4.2 Revendication linguistique et politique à l'indépendance L'idéologie du FLN, dite nationaliste et partisane de l'état jacobin monolithique, a toujours réprimé la revendication de tamazight durant l'indépendance, disait-elle, pour favoriser l'unité nationale contre les dangers de division provenant du colonialisme. Pour l'islamisme, la langue n'est pas une priorité partant du fait qu'une fois leur idéologie devenue hégémonique dans la société, personne n'oserait contester le statut dominant de la langue du sacré, celle dans laquelle dieu se serait exprimé !
28 Dec 2017 à 22:33
Défaut de langue
La langue est la maison de l'être, selon le poète Paul Valéry. «Au commencement était le Verbe», nous dit la Genèse. «Lis»est le premier des commandements fondamentaux du Coran. Cette injonction nous vient du fond des âges. Elle réconcilie spirituels et profanes autour de l'idée que la #langue participe de l'essence de l'homme. Loin de n'être qu'un un simple outil de communication, elle constitue le premier signe de reconnaissance entre les individus et elle constitue le plus probant des éléments de rapprochement. Partager une langue, c'est partager une culture, un imaginaire, des impressions communes. Elle est l'instrument fondamental de la cohésion des nations. La petite Belgique, qui n'est pas le pays le moins prospère de l'Union Européenne, va sans doute éclater entre Flandre et Wallonie. Pour comprendre ce qui s'y passe, il faut avoir vu le chef-d'œuvre du cinéaste belge André Delvaux, fils du peintre impressionniste Paul Delvaux, "Un soir, un train ". Ce film vieux de plus de quarante ans, hommage au père, construit comme un cauchemar, dit tout sur l'impossibilité de communiquer et donc de cohabiter en l'absence d'une langue commune. Le même scénario de partition est sans doute à l'œuvre en Espagne, travaillée par les prurits séparatistes basque et catalan, et dans bien d'autres contrées. A contrario, un pays aussi artificiel qu'Israël doit beaucoup de sa pérennité à l'intelligence de ses fondateurs qui ont fait revivre une langue morte depuis des siècles, l'hébreu, qui a servi de ciment à l'improbable conglomérat de juifs d'Europe, d'Afrique ou d'Amérique qui n'avaient au départ que peu de choses en commun. Il faut noter que l'écrasante majorité des premiers dirigeants de ce pays, ashkénazes européens, étaient athées et qu'ils considéraient avec un souverain mépris la religion juive, ses rabbins et ses adeptes. Théodore Herzl, le fondateur de l'Etat, n'avait pas de mots assez durs pour qualifier ses " coreligionnaires ". Il lui arrivait même d'utiliser pour eux les mêmes expressions que celles dont il se servait pour désigner les Arabes. Contrairement donc à une idée reçue tenace, l'Etat d'Israël ne s'est pas construit sur un socle religieux mais linguistique ! Il est vrai que sa pente actuelle le mène vers un fascisme d'essence religieuse mais il faut noter que, jusqu'à présent, il a toujours été gouverné par des laïcs. Ces mêmes laïcs avaient pourtant lancé le projet de l'Etat " refuge pour les juifs " mais ils ne définissaient ces juifs que par la biologie, définition raciste s'il en est. Personne ne s'avisait de demander aux migrants venant des quatre coins du monde, héritiers de cultures extrêmement diverses, parlant des langues différentes, de proclamer leur foi. Il leur suffisait de prouver qu'ils étaient nés d'une mère juive… Il fallait, pour faire tenir cet assemblage hétéroclite, une langue commune.  Le choix de l'hébreu ancien, à peine modernisé, n'est pas fortuit. Beaucoup de juifs plaidaient à l'époque pour le yiddish qui présentait l'immense avantage de compter de nombreux locuteurs dans la population. De plus, c'était une langue sophistiquée, capable de rendre les nuances les plus infimes. C'est tellement vrai que l'écrivain juif allemand Isaac Singer n'utilisait que cette langue et que cela ne l'a pas empêché de recevoir le Prix Nobel de littérature ! En dépit de cela, le yiddish a été révoqué au bénéfice de l'hébreu. Il ne se trouvait pas grand-monde parmi les nouveaux colons pour revendiquer un lien avec cette langue, qui ne se manifestait que par quelques touches éparses glanées dans un yiddish très voisin de l'allemand. Quelques années de propagande ont suffi pour convaincre toute la population que l'hébreu était sa langue mère… C'est que le choix de la langue n'est pas le fruit de considérations pratiques. Il doit répondre à des impératifs bien plus profonds, qui ont trait à l'âme d'un peuple, à son imaginaire, à son degré de civilisation. La langue n'est pas réductible à un simple support de communication. Elle est bien davantage que cela… Une histoire aussi édifiante que celle qui précède concerne le Japon. Historiquement, la langue japonaise s'est construite sur la base de Kangis, c'est-à-dire des idéogrammes importés de Chine.         Ces idéogrammes sont au nombre de quarante-mille. Les plus lettrés n'en connaissent que deux mille ! Le professeur Shozo Ishii qui m'avait invité dans son laboratoire de Tokyo m'expliquait qu'il avait besoin d'avoir en permanence un dictionnaire à portée de main, y compris pour la lecture d'un journal ou d'un banal roman policier!     Un mouvement d'intellectuels s'était constitué durant l'ère Meiji qui a vu la naissance du Japon moderne. Ce mouvement plaidait pour une simplification de la langue, sa complexité étant perçue comme un frein au progrès. Ce mouvement a eu gain de cause. Les Kangis ont été abandonnés au profit d'un alphabet latin de vingt-six lettres, le Romanji. Très vite, cet alphabet a été rejeté par la population parce qu'elle le considérait comme étranger à son histoire et à sa culture. Le Romanji fit ainsi place à un nouvel alphabet du même nombre de lettres qui évoquaient vaguement des idéogrammes, mais très épurés, voire caricaturés, appelé Hiragana. Au bout de quelques années, un puissant mouvement d'opinion réclamant l'abandon du Hiragana et le retour des Kangis obtint presque totalement satisfaction ! On revint aux quarante-mille Kangis, avec une injection homéopathique de Hiragana. La langue japonaise retrouva sa difficulté et les écoliers continuent de peiner et de suer sang et eau mais l'âme du Japon est sauve ! Quid de l'accusation selon laquelle cette langue est un frein au développement ? Elle est nulle et non avenue. Son apprentissage est certes ardu mais qui dira les bienfaits de cette école de la difficulté dans la réussite phénoménale des universités japonaises, mais aussi chinoises ou sud-coréennes qui ont cet alphabet en partage? On peut aussi rajouter avec profit que le Japon et la Corée entretiennent la permanence d'un héritage culturel venu de Chine, pays honni. La sagesse asiatique recommande de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain et de conserver dans le patrimoine commun les éventuels bienfaits dus à la proximité d'une puissance, fût-elle ennemie. QU'EN EST-IL CHEZ NOUS ? Il n'est pas très utile de revenir sur ce que nous savons tous sur les méfaits de la colonisation, les décennies d'acculturation, la disparition des écoles traditionnelles qui se comptaient par centaines à travers le pays, la rupture du lien avec la terre au fil des confiscations successives et le rejet progressif de l'Algérien en-dehors du paysage urbain. A l'indépendance, le bilan est sans appel : 86 % d'analphabètes, ce qui en dit long sur la " mission civilisatrice " qu'était censée apporter la horde barbare qui déferla sur le pays en 1830. C'est ainsi que nous nous retrouvâmes, après les scènes de liesse de juillet 1962, aux prises avec des difficultés immenses, face à des chantiers gigantesques. Il fallait tout réinventer, donner à manger à une population affamée, assurer la rentrée dans des établissements d'enseignement dépourvus de professeurs. On a paré au plus pressé en sollicitant des pays qui avaient sympathisé avec la cause indépendantiste pour l'envoi de vivres. Des bataillons de professeurs ont déferlé, venant des quatre coins du monde. Des médecins, des ingénieurs ont débarqué pour se mettre au service de la population. Tout cela s'est fait dans un climat de fièvre et de désordre que les générations d'aujourd'hui auraient du mal à imaginer.      Ce climat était d'autant moins propice à l'instauration de débats de fond que les nouveaux dirigeants avaient intimé le silence au peuple nouvellement " libéré ". Pas de place donc pour les questionnements sur le choix de société, sur la place des langues, sur le rapport entre spirituel et temporel. Toutes ces questions avaient été mises sous le boisseau et avaient été remplacés par des slogans dont la flamme était directement proportionnelle à la vacuité. Plus d'un demi-siècle plus tard, ces questions sont sur le devant de la scène. Elles se posent avec une acuité qui n'autorise aucune tergiversation. De plus, les décennies de silence en ont aggravé les termes. La question la plus grave est celle de la langue, qu'il ne faut surtout pas réduire à une confrontation stupide entre l'arabe et le berbère. Ces deux langues font partie intégrante du patrimoine du peuple. Elles ont toutes deux vocation à véhiculer nos échanges, à habiller nos rêves, à irriguer nos poèmes, à structurer nos imaginaires. Remplissent-elles ces fonctions ? De moins en moins. Au fil des décennies, elles se sont appauvries, elles ont perdu leur sève, du moins dans l'usage populaire. De plus, elles ont subi un processus de créolisation en admettant en leur sein du mauvais français ou du bas espagnol. Les idiomes qui en résultent sont sans doute suffisants pour l'usage quotidien. Ils sont largement inaptes à servir de base à des débats complexes ou à reproduire des nuances délicates. Cette incapacité à permettre aux locuteurs de dérouler un discours dans toute sa subtilité, de comprendre les nuances du discours de l'autre, pousse à une simplification génératrice de violence. La réappropriation de la langue arabe après les décennies de la colonisation était contenue en germe dans la promesse de l'indépendance. La manière dont les pouvoirs ont procédé pour la réaliser a été rien moins qu'un crime. Alors que la population était acquise à l'idée de réintégrer ce pan de son patrimoine, ces pouvoirs ont choisi de le lui imposer… par la force et selon des modalités arrêtées sans aucune concertation avec les institutions d'enseignement ! Ainsi, cette initiative qui aurait dû être l'émanation d'une volonté commune a fini par être perçue, au mieux comme étrangère, au pire comme un acte d'hostilité à l'encontre de la société de la part d'un pouvoir fondé sur le même mépris que celui dont l'accablaient les anciens colons. Le résultat, patent, c'est la cohorte de jeunes diplômés qui sortent des universités avec pour bagage le peu de connaissances qu'autorise l'absence de maîtrise de la langue qui a servi à les transmettre. Le résultat, c'est cette cohabitation aussi clandestine que ridicule entre le français et l'arabe dans nos universités et l'absence quasi-totale de ce dernier dans les établissements privés. LA LANGUE EST LA MAISON DE L'ETRE. NOUS SOMMES LES SDF DU XXIEME SIECLE… Il nous faut reconstruire notre maison commune. Nos dirigeants n'en ont pas la capacité, et peut-être pas le désir. C'est à la société algérienne dans son ensemble de trouver en son sein la force de remettre au jour son patrimoine. Faisons litière des voix doucereuses qui nous suggèrent d'en finir avec l'arabe " classique ", cette langue qui nous a permis de jouir de la beauté des poèmes de Mrou'ou el Kaïss ou d'El Moutannabi, voire même plus près de nous de sa version simplifiée mais fidèle dont se sont servi Alloula ou Ould Kaki. N'écoutons pas ceux qui nous suggèrent que l'affreux sabir qui pollue nos rues est une solution de remplacement envisageable et renouons avec nos langues mères, celles dans lesquelles nos âmes se sont trempées. Nous y trouverons le sens qui nous manque, le goût de la nuance, gage de la qualité de l'échange. 
09 Aoû 2017 à 11:44
Ces cousins lointans qui nous ressemblent tellement !
Ils s'exaspèrent lorsqu'on les confond avec des arabes. A juste raison pour une civilisation trois fois millénaire. Ils utilisent l'écriture arabe mais rappellent sans cesse que c'est au service d'une vielle culture brillante et autonome. Ils prient dans la langue et le texte du Coran mais tiennent à toujours marquer leur appartenance à une autre branche du schisme. Pour ces deux grandes civilisations de l'histoire, résolument différentes, ces élections présidentielles viennent nous signifier combien, finalement, nous nous ressemblons dans nos décadences respectives. Les élections présidentielles iraniennes qui viennent de se tenir sont un reflet douloureux qui nous est renvoyé de la situation dans les pays du Maghreb. Après l'#Algérie, nous venons donc, de nouveau, d'observer un phénomène étrange qui se produit souvent dans les régimes militaires et théocratiques, soit des élections. Les démocrates n'ont aucune réponse logique à fournir car il y a là matière à désorienter la raison. Mais essayons d'analyser le phénomène des institutions par un jeu de miroir entre la pratique institutionnelle iranienne et algérienne. Ce jeu comparatif nous permet de conclure que si les institutions et leurs mécanismes différent très sensiblement, ils restent tellement identiques quant aux objectifs. Un pied de nez à cette constance de l'histoire qui refuse le parallèle évident entre deux civilisations voisines, parfois ennemies et si souvent interpénétrées. Le principe de la partie double Cette vieille expression est tirée des mécanismes comptables. Elle convient parfaitement à notre propos. Pour bien comprendre l'institution du Président de la république dans la constitution islamique iranienne, il faut se référer au mécanisme du Shadow Cabinet en Grande Bretagne où à chaque poste ministériel réel correspond le pendant dans l'opposition. La première chose simple à comprendre de ce mécanisme est que toutes les institutions sont dédoublées. L'une est la véritable détentrice du pouvoir alors que le double est une reproduction factice. Une fois qu'on a compris où est le vrai et où est le faux, la constitution est parfaitement maîtrisée. Prenons un par un la distribution des trois pouvoirs telle qu'elle est établie dans la plupart des constitutions. La Premier réside dans le pouvoir exécutif, le plus important pour verrouiller l'ensemble. Ce que viennent d'élire les iraniens est le Président de la république qui, dans notre terminologie habituelle, représente le pouvoir exécutif suprême, issu du suffrage universel qui lui en donne la puissance. Et c'est là où apparaît son double, le Guide suprême, l'Ayatollah. C'est en fait le chef absolu. Le Guide de la révolution est le gardien de la norme religieuse et peut destituer à tout moment le Président élu si celui-ci a des velléités d'indépendance ou s'amuse à avoir une interprétation des directives religieuses (et/ou politiques) qui feraient frissonner l'impressionnante barbe du Grand maître du pays. En réalité, les iraniens ont élu un homme sans pouvoir, ou presque infime lorsqu'il s'agit des principaux défis de renouvellement dont a besoin ce pays. Ils ont élu la partie factice, pas le vrai détenteur des leviers fondamentaux de la liberté et de la modernité. Et c'est ainsi également pour le pouvoir législatif iranien. Par le même effet de dédoublement, les Iraniens élisent leur représentation parlementaire puis la chambre qui élira à son tour le Guide suprême. On pourrait alors penser à une chambre haute où une chambre basse avec un suffrage direct puis un autre, indirect, en ce qui concerne l'élection du Grand guide de la révolution. Mais pour bien comprendre la nature de ce dédoublement, il faut en passer tout d'abord par le pouvoir judiciaire que nous examinerons dans son acception la plus large. Là également, le principe de la partie double joue son rôle. Il y a la justice et la police du peuple, celles pour les divorces, les querelles de voisinage ou de commerce et il y a celle qui représente la police judiciaire du spirituel et du politique. Ce dernier point nous éclaire sur le dédoublement des assemblées. En fait, l'essentiel de la justice et de l'appareil policier est entre les mains des "gardiens de la révolutions" qui sont en fait les "gardiens de la pensée et des bonnes mœurs". On comprend alors pourquoi en Iran, cette représentation parlementaire qui détient le pouvoir d'élire l'#Ayatollah suprême, et donc de pouvoir le destituer, n'est absolument pas du ressort de la volonté ni du contrôle des électeurs. Au final, les institutions et les pratiques iraniennes sont des copies conformes aux institutions du Maghreb et inversement. Ils sont si différents mais nous ressemblent tellement. Cette similitude que l'Histoire des peuples refuse à notre sentiment embarrassé lorsque nous nous mettons en miroir, le totalitarisme l'a réussi. Et c'est bien la seule vertu qu'on peut attribuer, hélas, à ce dernier. Le même rêve et les mêmes distractions sont donc partagés par les deux peuples, si différents dans l'histoire, si confondus par les incultes et, finalement, si proches dans leur relation malheureuse au déclin civilisationnel. Pour rêver, les maghrébins ont eu autant d'élections que d'épisodes de Derrick. Et c'est à chaque fois la même chose, le démocrate reste sans explication face à ce rituel étrange. Essayons de voir maintenant du côté de ce qui pourrait être positif dans l'élection d'un "modéré" à la Présidence de la république islamique. Modéré ou conservateur, quelle différence ? Certes, si nous sommes privés de notre liberté et emprisonnés dans une cellule pour le seul fait de nos convictions, nous aurions tendance à ressentir un peu plus de répugnance envers un geôlier qui nous torture qu'envers celui qui s'en abstient. Et pour peu qu'il nous dise "bonjour" ou nous apporte une nourriture correcte, nous serions presque enclins à ressentir une certaine empathie envers lui. Mais les deux commettent un crime intolérable envers l'être humain, soit le priver, par la force et la terreur, de son droit fondamental. Il en est ainsi pour la liberté de penser, de circuler et ainsi de suite. Les Iraniens viennent de voter pour un Président qui les laisse rire dans la rue, surfer sur Internet et se promener en couple dans la rue. C'est certain que d'un point de vue relatif, nous avons à faire à un "modéré", dans le sens du quotidien, pas dans celui du démocrate et de l'humaniste. En Iran, comme au Maghreb, ce ressenti est le même. Si nous prenons le cas de l'Algérie, où des élections législatives viennent de se tenir, bien entendu que les députés islamistes ne sont pas ceux qui égorgent les enfants dans les maquis. Bien entendu que les forces de sécurité militaro-policières ne sont plus tellement occupées aux besognes immondes qui ont été les leurs par le passé. Mais le démocrate ne perçoit pas de la même manière ce degré dans l'échelle de l'horreur. Dès le premier étage de la graduation, il considère que c'est l'entrée dans la barbarie. Il suffit, encore une fois, de relire le monstrueux code algérien de la famille, toujours en vigueur dans notre pays. Les Iraniens, comme les Algériens, ont manifesté dans les rues la joie de la victoire. Ils ont eu, un moment, la griserie du bon droit de leur vote. Mais le pouvoir, le vrai, est ailleurs. Celui qui les prive des réelles libertés de penser et d'agir, dans un cadre légal normal. Le Grand guide de la révolution est toujours là, il sifflera la fin de la récréation lorsque cela lui conviendra. Certes, le grand majlis qui procède à son élection et qui peut l'écarter, possède un pouvoir aussi grand. Mais celui-là n'est pas du domaine du contrôle du peuple iranien. Pas plus que l'électeur algérien n'en aurait pour les sphères occultes du pouvoir. L'autre #Iran, l'autre Algérie ! Mais heureusement que la liberté des peuples est toujours au bout du chemin. Elle n'est certainement pas au fond d'une urne factice. Deux Algériens sur trois ne se sont d'ailleurs pas sentis concernés pour aller voter aux dernières législatives, ce qui montre bien que les esprits commencent à se désintoxiquer. L'Iran est l'héritière d'une très grande civilisation et c'est toujours le fil qu'il faut retisser. Même avec un long passage dans le déclin, ce peuple a toujours eu des forces vives et des compétences d'un niveau remarquable, en art, en industrie comme dans tant d'autres activités créatrices et productrices. La diaspora iranienne est vaste, plutôt anglophone mais également résidente aux quatre coins du monde. Celle-ci a fait son chemin, difficilement, mais avec conviction et liberté. Elle est une force d'intelligence considérable pour l'avenir du pays, incompatible avec les forces obscures du pouvoir théocratique. Mais c'est également à l'intérieur du pays que des forces profondes commencent à reconstruire les fondements d'une civilisation moderne, débarrassée, un jour ou l'autre, de ces monstrueux personnages à barbe. Les jeunes, particulièrement les jeunes femmes, sont déjà dans un autre monde, celui de la vie et de la liberté. Internet et la levée des sanctions internationales sonnent le glas à la barbarie moyenâgeuse qui vit ses derniers moments. Comme tous les #totalitarismes du monde, les dirigeants religieux d'Iran tentent la dernière carte, celle de la grande nation chiite. Le retour de l'Iran dans des velléités régionales est teintée de ce vieux élan nationaliste et religieux qui risque d'embraser la région, en Syrie comme au Yémen. Il est certain que la jeunesse iranienne ne suivra pas ce mouvement de folie car elle est ailleurs dans ses pensées d'avenir. Elle sait que sa grandeur est dans la reconstruction d'un Iran qui redeviendrait un exemple et non plus un repoussoir. Ils veulent vivre, s'éduquer et voyager, voilà le rêve des jeunes iraniens. En fin de compte, comme pour les institutions, nous découvrons qu'il y a deux peuples, celui qui est prisonnier de la propagande mortifère et celui qui ne s'est jamais découragé à retrouver la civilisation des lumières. C'est décidément un trait constant que cette vie sociale et institutionnelle en double, le vrai et le factice. Et dans l'histoire, c'est toujours le premier qui porte les graines du futur.
01 Juin 2017 à 16:04
Les Algériens accros à internet
De plus en plus d’#Algériens sont accros aux réseaux sociaux et au téléphone mobile. Ils y enregistrent leur vie, interagissent avec les autres et sans la moindre hésitation, ils y partagent toutes les facettes de leur vie. C’est l’expression moderne d’un besoin de communication. Les smartphones ont favorisé l’émergence de nouvelles habitudes de consultation rapides et répétées, à tel point que nous les regardons compulsivement souvent, même sans en avoir conscience. Un utilisateur consulte en moyenne son #smartphone toutes les 10 minutes pour une durée inférieure à 30 secondes. Comme avec la cigarette, les réseaux sociaux sont maintenant accessibles directement depuis notre poche. Rares sont ceux qui peuvent se passer de lire et d’envoyer des SMS en permanence, consulter leurs e-mails ou jouer à un jeu vidéo. On les voit de plus en plus souvent dans les transports (bus, métro, tramway) tapoter sur leur smartphones à longueur de trajet comme des robots. Ils sont dans leur bulle, quasi en transe, les yeux exorbités. Ils n’ont plus de vie sociale, donc moins de liens avec les autres, toute la vie se passe devant l’écran. Les jeunes ne communiquent plus que par écrans interposés, ont des amis virtuels et des conversations entières par texto. Quel est le premier geste au réveil ? Face à cette interrogation, beaucoup de jeunes répondent : «Le téléphone», éteindre l’alarme et ensuite se connecter à internet pour consulter leurs mails, regarder l’actualité ou les réseaux sociaux. Il faut cependant se garder de dramatiser. Tout est une question d’usage et de dosage. Selon Catherine Lejealle, sociologue et auteur de J’arrête d’être hyperconnecté (éd. Eyrolles), «il n’y a addiction que lorsqu’il y a une réelle souffrance, observable médicalement. Sauf cas extrêmes, la dépendance que nous développons face aux technologies est parfaitement normale : ces dernières nous simplifient la vie en nous offrant de multiples services et réponses à portée de main. Il faut donc se garder de voir la technologie en noir, mais observer simplement quelques précautions.» Bien que le temps soit un facteur de risque de cyberaddiction, un usage excessif n’est pas forcément une addiction, surtout s’il n’existe pas de souffrances ni de conséquences de cet usage sur les domaines importants de la vie. Outil bénéfique, moyen maléfique ? En cas d’excès, ces troubles ont en commun la perte de contrôle et la négligence des activités quotidiennes, des symptômes de manque comme l’irritabilité et la tension interne, une tolérance avec un besoin accru de temps passé sur internet et des effets sur la vie privée, tel le mensonge à son entourage. Les cas les plus graves mènent à l’isolement social, à l’exclusion scolaire, au chômage, à des troubles graves du sommeil ou à une dépression sévère. Les Algériens s’affichent de plus en plus sur le Net. Ils y consacrent plusieurs heures comme pour rechercher une évasion ou bien rechercher ce qu’ils n’arrivent pas à avoir dans la vraie vie (l’âme sœur par exemple). Il y a aussi le manque de loisirs et de consommation culturelle qui jettent les Algériens dans la Toile. «Le nombre total d’Algériens présents sur Facebook est considérable, car il constitue la 5e population la plus nombreuse parmi les pays arabes après l’Egypte, l’Arabie Saoudite, le Maroc et l’Irak», a indiqué Younès Grar, consultant en TIC. Les médias sociaux : outil bénéfique, moyen maléfique ? Ali Kahlane, président de Satlinker, a tenté d’y répondre lors du 5e symposium sur la cybercriminalité qui a eu lieu en novembre 2016 à Alger. Les utilisateurs de mobile constituent la moitié de la population mondiale, il est vendu 2,5 million de smartphones par jour. 15 nouveaux utilisateurs de médias sociaux s’inscrivent chaque seconde, c’est 1 million par jour. Facebook gagne un demi-million de nouveaux utilisateurs par jour, 6 nouveaux profils par seconde. Le nombre d’utilisateurs des médias sociaux a augmenté de 300 millions depuis 2015. Chatter est l’activité principale des utilisateurs des médias sociaux, vient ensuite la lecture des posts publiés par les autres. Rencontrer des gens est la raison principale à l’usage des médias sociaux qui représente 59% dans le monde arabe, ensuite vient le besoin de s’informer, visionner des vidéos, écouter de la musique et partager des photos. Les aspects positifs sont nombreux : connecter les gens et réduire les distances, le rapprochement des familles, se faire rapidement de nouveaux amis sans aucune limite ni frontière, plateforme instantanée pour s’informer rapidement, partage de tous types de variétés et de divertissements, gratuité dans la communication et remède contre la solitude qui permet l’évasion virtuelle. Les aspects négatifs sont aussi nombreux : internet ne favorise pas l’interaction réelle avec les gens, fragmentation familiale, terrain favorable pour une vie léthargique et inactive, risque d’être exposé à du contenu inapproprié, désinformation, incompatibilité avec la culture berbéro-arabo-musulmane et diffamation. «En 2025, nous passerons plus de temps connectés qu’à dormir», note Ali Kahlane. Selon le cabinet d’analyse Forester, un possesseur de smartphone consulte l’écran de son terminal 150 fois par jour. Les dangers de la «magie bleue» En Algérie, le nombre d’utilisateurs de smartphones a dépassé les 16 millions d’individus en 2015, selon les chiffres de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications (#ARPT) qui reprennent le nombre d’abonnements à l’internet via la technologie 3G. Une étude réalisée par Ericsson Lab estime que les smartphones représentaient en 2014 plus de 26% des moyens d’accès à internet en Algérie, sachant que 63% des intentions d’achat de #téléphone concernent ce type d’appareil, soit plus de 10 millions d’utilisateurs au tout début du lancement de la #3G mobile. Les dangers de la dépendance aux réseaux sociaux, notamment Facebook, sont qualifiés de «magie bleue». Les spécialistes estiment que cette addiction suscite les mêmes dangers sociaux et psychologiques que les drogues physiques chez leurs consommateurs. Cette dépendance des jeunes Algériens aux #réseaux #sociaux est un phénomène de société qui se propage à vitesse grand V. Les parents, eux, commencent à s’inquiéter du comportement de leurs enfants et adolescents qui passent plusieurs heures par jour devant leurs écrans. La frontière entre un usage normal, même important, et un usage devenu pathologique n’est pas toujours évidente à cerner. Il y a addiction lorsque l’usage d’internet a un impact sur la scolarité, le travail, ou lorsque la personne s’isole, cesse de s’alimenter normalement et n’arrive plus à dormir suffisamment. Mais l’addiction a parfois d’autres causes, comme la difficulté de certaines personnes à établir des rapports avec les autres. Chez les adolescents, il faut veiller à bien faire la différence entre, d’une part, un fort intérêt passager, qui est l’occasion d’expérimenter de nouvelles modalités relationnelles et relève du développement de l’individu en tant que personne et, d’autre part, l’addiction qui s’accompagne d’un repli sur soi marqué et de l’abandon des autres modes d’échange. Chez les enfants, l’absence de cadre fixé par les parents ou de dialogue familial sur le sujet semble contribuer à l’apparition de ces troubles. Le manque d’opportunités d’activités physiques ou sportives, comme l’absence de réseau amical, peuvent également favoriser la dépendance aux jeux vidéo chez les plus jeunes. Source www.elwatan.com
01 Avril 2017 à 22:33
Urbanisme, d'une colonisation de colonisés
J'ai découvert encore une fois que dans l'esprit, mes lectures de la réalité algérienne, actuelle, sont très proches de celles d'auteurs d'analyses anciennes. Depuis que j'ai lu par exemple quelques passages d'Ibn Khaldoun, le sociologue autodidacte ! sur la ville, sur la nature humaine comme c'est dit aujourd'hui, je me suis habitué à dire aux uns et aux autres que sa Mokadima est toujours d'actualité. Mais il n'y a pas que lui ! Cette proximité d'esprit nous ébranlant au plus profond de nous mêmes nous amène à nous demander si nous n'avons pas eu des vies antérieures. Sommes-nous là pour la première fois et comment se fait-il que nous utilisons les mêmes propos pour exprimer des situations semblant similaires malgré les différences astrales ? Mes questions à moi, j'ai choisi de me les poser à propos de mon pays et des Algériens, de notre indépendance qui me semble de plus en plus inaboutie et peut-être même détournée puisque se trouvant actuellement aux prises avec la liberté d'esprit. Mais surtout, l'indépendance a-t-elle un sens sans liberté d'esprit ? Les Algériens constituent-ils vraiment un peuple avec un pouvoir qui s'est séparé depuis longtemps de lui ? À quoi est dû ce sentiment généralisé d'une indépendance bâclée ? Comment se fait-il que les hommes qui faisaient horreur à Ibn Khaldoun n'ont pas beaucoup changé ? Comment se fait-il que nous n'ayons pas encore notre Ibn Khaldoun, ou est-ce que la version originale munie de sa sociologie si dérangeante plus que révolutionnaire à son époque, est suffisante pour de très nombreux siècles pour nos musulmans en déshérence totale ? Ou est-ce que le sociologue algérien est toujours "l'intellectuel colonisé" de Frantz Fanon, qui n'a pas encore appris à regarder les problèmes de sa société et à "toutifier" son analyse ?
08 Mar 2017 à 17:46
La collectivité locale
Si j'entame ma participation par cette réflexion d'Ibn Khaldoun, c'est que nous assistons à une déchéance des valeurs authentiques du musulman tout au long de notre affairement quotidien. On a l'impression que l'échelle des valeurs s'est renversée, les bonnes manières sont devenues très rares et les mauvaises manières sont devenues la règle. Malgré cette déchéance, quand on interroge nos jeunes sur les aléas de la vie ils nous répondent : c'est «NORMAL». Une fatalité dangereuse. C'est cette fatalité qui est en train de nous enfoncer dans la médiocrité. Ibn Khaldoun au sujet des Arabes «Par la suite, des tribus cessèrent de prêter leur appui au pouvoir et négligèrent les préceptes de la religion, si bien qu'elles désapprirent l'art de gouverner et revinrent à leurs déserts, oubliant à la longue, du fait qu'elles n'étaient plus soumises à qui que ce fût et ignoraient les devoirs gouvernementaux, qu'elles aient jamais fait cause commune avec les représentants de l'autorité gouvernementale : elles retournèrent ainsi aux mœurs grossières qui avaient été les leurs auparavant, et le mot «empire» n'évoqua plus pour elles autre chose que leur communauté d'origine et de race avec les califes. Lorsque la puissance du califat disparut sans laisser de traces, les Arabes perdirent toute autorité au profit exclusif des races étrangères : ils demeurèrent alors dans les solitudes de leurs déserts, ne sachant plus ce que c'est qu'un empire et l'art de le gouverner, ignorant même, pour leur plus grand nombre, qu'ils avaient autrefois possédé un empire, quand aucun peuple au monde n'eut jamais empire comme celui que détinrent leurs tribus, témoins les dynasties de `Ad, de Thamoud, des Amalécites, de Himyar, et des Tobba' du Yemen, puis au sein de l'#Islam la dynastie modharite : Omayyades et Abbassides. Ils sont devenus incapables de gouverner lorsque, oubliant les préceptes de la religion, ils sont revenus à leur bédouinisme originel » En effet, ayant perdu tout nos repères, nous avons l'impression que nous sommes dans une errance sans fin et qu'aucune autorité n'est capable de tenir et de guider ce peuple qui est dans une tourmente continue. Il y a ceux qui courent derrières les gains faciles en n'hésitant pas à escroquer, à mentir et voler le peuple, et il y a ceux qui subissent tous les affres résultant d'une administration obsolète et très pesante, qui est censée apporter le bien-être et être au service du citoyen, alors que sur le terrain, elle l'agresse quotidiennement du matin au soir. Quoi faire et comment faire ? On se pose, ainsi la question : quoi faire ? Et comment faire ? -A mon avis, il est urgent de procéder à la formation adéquate des fonctionnaires, par la reprise en fonction des centres de formation administrative, qui ont formé d'excellents agents dans les années soixante-dix. -Instaurer, ensuite une discipline dans les rangs de toutes les administrations, sans aucune complaisance. -Les mosquées doivent contribuer en modifiant leur discours et donner beaucoup plus de valeur au travail et la salubrité des citoyens qui sont des préceptes noble de l'Islam. Ceci n'est qu'une modeste contribution, d'un ex-fonctionnaire de l'administration qui a reçu une formation continue et qualitative dans les années soixante-dix et qui n'admet pas ces comportements de cette catégorie de commis de l'Etat qui n'ont aucune notion du SERVICE PUBLIC. Parlons du service public : Je vous relate une discussion avec un médecin spécialiste sur la citoyenneté et notre régime fiscal. En lui posant la question «pourquoi tu n'est pas à jour dans le payement de tes contributions ?» -Certes mon devoir de citoyen est de payer mes impôts, mais je te retourne la question : «est-ce qu'on a un service public qui se respecte ? Est-ce que ce service public remplit convenablement sa mission ? Est-ce que ce service public est au service du citoyen ? La réponse est certes non. La définition du service public par Rabah Reghis, consultant, économiste pétrolier, me parait très intéressante, en voici un extrait. - «Les fondements du service public. - La notion de service public consiste dans des activités d'intérêt général prises en charge par une personne publique ou par une personne privée mais sous le contrôle des pouvoirs publics. De plus, l'expression service public désigne deux éléments différents : une mission, qui est une activité d'intérêt général, et un mode d'organisation consistant, de façon directe ou indirecte, à faire prendre en charge ces activités d'intérêt général… - Quels en sont les principes ? - Le régime juridique du service public est organisé autour de trois grands principes. - Le premier est la continuité du service public. Il constitue un des aspects de la continuité de l'État. Il repose sur la nécessité de répondre aux besoins d'intérêt général sans interruption. - Le deuxième principe est l'égalité devant le service public, lui aussi principe à valeur constitutionnelle, voire universelle, proclamé par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. - Enfin, le dernier principe de fonctionnement du service public est celui de l'adaptabilité ou mutabilité. Présenté comme un corollaire du principe de continuité, il s'agit davantage d'assurer au mieux qualitativement un service plutôt que sa continuité dans le temps. Cela signifie que le service public ne doit pas demeurer immobile face aux évolutions de la société ; il doit suivre les besoins des usagers (ex : souplesse d'organisation des services publics) ainsi que les évolutions techniques (ex : passage, au début du XXe siècle, du gaz à l'électricité).» Après la définition du service public, parlons maintenant de son fonctionnement. Nous constatons avec regret que tous les maux dont souffrent les citoyens se concentrent pratiquement au niveau de la Commune et ce à cause de la manière dont elle est gérée par les élus locaux. En effet, après les élections municipales, les présidents d'APC prennent en charge les destinées de la collectivité locale, alors que dans leur majorité, ces élus n'ont aucune notion de la gestion proprement dite. Et nous savons très bien que la gestion est une science. La confier à des élus qui n'ont aucune formation aboutirait fondamentalement à des dérives. D'autant plus que ces gestionnaires savent que leur passage à la tête de la commune est limité dans le temps. Les sanctions éventuelles, dans le cas de mauvaise gestion ou de malversations, vont difficilement aboutir. Alors, pour pallier tout ça, il faut doter ces communes d'un véritable gestionnaire ordonnateur qui sera soumis à des différents contrôles internes par la tutelle et par la cours des Comptes en fin de chaque exercice. Un secrétaire général de la commune est bien placé pour lui donner le titre d'ordonnateur, il sera responsable administrativement de la gestion de cette collectivité, à l'instar du wali au niveau de la wilaya. Quant aux élus locaux, ils agissent au niveau de l'établissement du budget, qui doit incarner la ligne directrice de la politique du parti majoritaire au sein de l'Assemblée populaire communale. Pour faire face à ces obligations du service public la commune doit maîtriser et mobiliser toutes ses ressources. Ressources locales Il est un fait certain et avéré qu'en dehors de la refonte dans un premier temps et de la réforme dans un second temps de la fiscalité locale qui doivent rendre plus efficace le système de collecte des impôts locaux, la commune doit rechercher d'autres ressources qui existent et qui ont seulement été perdues de vue ou négligées. Pour ce faire, la commune doit procéder à une formation continue pour compenser le manque de qualification en matière de gestion des ressources locales notamment : - Les modalités et les conditions d'établissement de l'inventaire du patrimoine de la collectivité en faisant la distinction entre les biens productifs de revenus et les biens non productifs de revenus. - Le recensement de toutes les taxes municipales dont sont redevables les citoyens. - Le recensement de toutes les redevances pour services rendus. - La réglementation en vigueur relative aux marchés publics, aux modalités d'affermage de droits de place et de stationnement, etc. Dans ce contexte actuel, la commune doit être gérée comme une entreprise. Elle doit rentabiliser son patrimoine au maximum et créer par la même des établissements à caractère économique qui viennent renforcer le budget communal. Quant aux dépenses du personnel qui représentent globalement 80% du budget de fonctionnement, elles doivent être rationalisées au maximum, surtout avec l'emploi de l'informatique et du numérique, l'effectif des bureaux doit être affecté aux services de contrôle et de vérification, surtout dans le domaine de salubrité publique et du recouvrement de toutes les redevances prévues au budget communal. Afin de maîtriser tout ce fonctionnement, une décentralisation s'impose. Cette décentralisation doit être réelle. Un découpage judicieux doit se faire, en tenant compte des potentialités de chaque entité. Cette entité doit être dotée d'un budget qui tient compte de la faculté contributive des habitants des quartiers. Ces habitants doivent participer non seulement à l'élaboration de leur budget, mais aussi à sa réalisation ; ayant recours même à des volontariats de salubrité ou d'actions spécifiques les concernant directement. Notre société étant une société patriarcale, il y a lieu de canaliser les énergies de notre jeunesse vers les activités ayant un intérêt général. Cette volonté de collectivisme devant être inculquée par un enseignement propre à notre culture dès les premières années de scolarité en plus d'un développement de la notion du patriotisme. Ces mêmes notions doivent être développées dans les prêches dans les mosquées, en tirant des exemples de nos ancêtres lors de la renaissance pendant les années de lumière de l'islam. Source www.lequotidien-oran.com
27 Dec 2016 à 20:03





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